Selon vous, quels devraient-être les priorités de Jagmeet Singh pour 2018? Et, quelle sera l’incidence de son leadership sur le paysage politique dans l’avenir?

Les positions de nos analystes: NDP, Conservateur, et Libéral

BY TIM POWERS

PAR TIM POWERS

Les dirigeants politiques qui feront la course pour l’élection 2019 sont maintenant en place. Le dernier membre des chefs à prendre place au départ est Jagmeet Singh, qui a gagné la course à la chefferie du Nouveau Parti démocratique (NPC) en octobre. Il se joint à Justin Trudeau et à Andrew Scheer dans la course pour devenir premier ministre.

Singh a définitivement une tâche plus difficile qu’Andrew Scheer pour donner une identité au NPD avant le prochain vote fédéral. Bien que le NPD ait toujours peur de perdre des électeurs progressistes de gauche aux libéraux en campagne, jusqu’à maintenant, à mi-mandat de son gouvernement, Trudeau n’a pas trop donné à la gauche, une grande portion du bassin accessible de M.  Singh, pour s’inquiéter. Le gouvernement Trudeau est l’un des plus interventionnistes depuis des lunes et il est excessivement populaire au sein de différentes cohortes d’électeurs, ce qui fait que M. Singh a une longue côte à remonter.

Jagmeet Singh

Il est difficile d’imaginer Jagmeet Singh faire ce que Tom Mulcair a fait à l’élection 2015, adoptant la rectitude fiscale et l’importance d’un budget équilibré. Voilà pourquoi M. Singh devra trouver des manières de se démarquer du premier ministre sans trop s’éloigner lui-même du courant de pensée majoritaire de manière à éliminer le NPD de la course. Il doit bien comprendre où se trouvent les électeurs qu’il peut courtiser, ce qui les motive, et il doit déterminer la manière, si possible, de les attirer dans son camp. Comme il le fait en ce moment, il doit prendre le temps de le faire. Il peut maintenant se servir de sa nouveauté et de sa propre sympathie, sans se faire coincer dans des positions qui peuvent miner ses ambitions pour 2019.

CanadaBien que le NPD n’ait gagné aucun siège aux élections partielles tenues sous son bref règne et qu’il a vu une chute dans toutes les circonscriptions où des élections ont eu lieu, M. Singh n’a pas encore de raison d’appuyer sur le bouton panique. Il doit suivre la voie qu’il a mise en place : faire une tournée du pays, rencontrer les militants et les électeurs dans de plus petits groupes, écouter, rencontrer les médias locaux, se mouiller les pieds, tout en voyant s’il est en mesure de découvrir les vulnérabilités des libéraux. Comme Tom Mulcair l’a prouvé, être bon à la Chambre des communes ne donne aucune garantie de réussite politique.

Singh doit prendre le temps de bâtir une organisation qui est à l’aise avec ce qu’il peut faire. Il doit être prêt à pousser des idées différentes. Il doit ensuite montrer à son parti qu’il semble avoir une stratégie jusqu’à la prochaine élection. Lorsque vous êtes dans l’opposition entre les élections, garder sa propre équipe unie, concentrée et positive est déjà une lourde tâche. La politique qui sera mise de l’avant donnera une bonne idée de la manière dont M. Singh se comporte sur ce front.

Être chef de l’opposition n’est pas une tâche prestigieuse. Il est impossible de savoir avant la prochaine élection si le travail réalisé portera ses fruits. Et cette proposition est vraie maintenant pour Jagmeet Singh.

Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


Gabriela Gonzalez

PAR GABRIELA GONZALEZ


2018 n’est pas une année ordinaire sur les plans de la politique et du gouvernement; c’est l’année qui précède une élection et celle qui précède la première campagne d’élection fédérale de Jagmeet Singh à titre de leader du NPD. 2018 et 2019 seront des années critiques pour Singh, le nouveau leader bien vêtu, jeune et charismatique des Néo-démocrates.

Nous ne pouvons penser à 2018 de manière isolée; il faut penser à ce qui est venu avant et à ce qui arrivera après.

En route vers 2018 : La campagne à la direction de Singh a été menée par des gens plus jeunes que lui, ce qui ne fait pas exception à bon nombre de campagnes politiques au Canada où de jeunes employés et bénévoles travaillent jour et nuit à l’appui de leur vision pour le pays. En cours de route, Singh et son équipe ont réuni une base jeune et très diversifiée – le groupe de personnes qui, on pourrait dire, représentent le futur du Canada. Du même coup, il a réussi à redynamiser un parti qui était démoralisé et sans un objectif clair, le programme progressiste du premier ministre Trudeau accaparant presque tout l’oxygène de la gauche et du centre.

2018 est une année décisive pour Singh, et le NPD le sait.

Si je devais conseiller le NPD, ce qui n’est pas le cas, je ferais valoir deux priorités majeures pour 2018.

Continuer de parler aux Canadiens

Sans un siège à la Chambre des communes et sans une ouverture claire pour en obtenir un, le but premier de Singh devrait être de parler aux Canadiens d’un océan à l’autre, et plus important encore, de les écouter. Il doit établir des contacts avec les Canadiens de la même manière que Jack Layton l’avait fait – d’une façon authentique, du genre « je suis votre voisin et je comprends les difficultés auxquelles vous faites face ». Il doit également être ambitieux; l’attitude joviale de Trudeau en 2015 a clairement fait écho chez les Canadiens et Singh pourrait adopter une approche similaire. Mais il devra être stratégique dans ces conversations. Quel type de suivi fera le NPD? Établit-il une base de données qui lui permettra de saisir ces milliers de conversations pour ensuite cibler soigneusement ces personnes au cours de la campagne? C’est ce genre de pensée stratégique dont le NPD a besoin.

Mais à un certain point, il n’y a plus grand-chose à dire et les gens veulent voir de la substance et des politiques. Singh devra élaborer des politiques et un programme. Et ces politiques doivent non seulement être acceptées par les progressistes en Ontario, mais doivent aussi lui apporter un soutien d’un océan à l’autre. Une politique énergétique anti-développement énergétique pourrait être bien accueillie en Ontario, mais sûrement pas en Alberta. Comment pourrait-il gagner le soutien des Néo-démocrates en Alberta si sa politique énergétique est douteuse? À l’instar de Trudeau qui s’est entouré de mordus de politique et de données, d’économistes, de jeunes dirigeants et de militants dès qu’il est devenu le chef libéral, Singh devra compter sur une équipe solide pouvant l’aider à élaborer des politiques crédibles qui plairont aux Canadiens de partout au pays.

Incidence du leadership sur le paysage politique

La campagne de Trudeau a déclenché une vague d’engagement politique et civique chez les jeunes Canadiens, et Singh est bien positionné pour poursuivre sur cette vague. Différentes voix auront un programme élargi au niveau national, ce qui, en bout de ligne, sera bénéfique pour le Canada.

Si 2017 a été l’année de grand tapage médiatique pour Jagmeet Singh (pensez à la couverture du magazine GQ et aux centaines d’articles faisant l’éloge de sa campagne à la direction), 2018 est l’année où Singh et le NPD devront faire le dur travail indispensable à l’élaboration d’un programme et pour constituer une base de soutien et se préparer à affronter l’année 2019. C’est loin d’être une tâche facile, et d’ici la fin 2018, nous verrons si Jagmeet Singh pourra livrer la marchandise.

Gabriela Gonzales est consultante chez Crestview Strategy. Avant de joindre l’équipe de Crestview, Gabriela a travaillé à Queen’s Park pendant quatre ans et elle a longtemps été organisatrice pour le parti libéral. Plus récemment, elle a travaillé à titre de conseillère principale en communications et opérations pour le ministre du Développement économique et de la croissance de l’Ontario. Gabriela détient un baccalauréat spécialisé en sciences politiques et en psychologie de l’université York et une maîtrise bilingue (anglais/français) de l’École des Affaires publiques et internationales de Glendon.


BY KATHLEEN MONK

PAR KATHLEEN MONK

En février, plus de quatre mois après son élection comme chef du NDP, Jagmeet Singh a fait face à son premier vrai test. Oubliez toute la spéculation sur les chiffres du suffrage et les résultats décevants des élections à la fin de l’automne, le premier test du règne de M. Singh est venu lorsqu’il a fait face aux centaines de nouveaux démocrates dans un centre de foire à Ottawa à l’occasion de la première convention du parti depuis son élection à la fin octobre.

Le parti est pris dans une crise existentielle depuis l’élection fédérale d’octobre 2015, lorsqu’il a perdu plus de 50 sièges. La convention de février 2018 a été l’occasion pour le parti de se faire remarquer et pour son nouveau leader de se présenter aux Canadiens et de leur présenter ses politiques. Il s’agit également de la première conférence politique depuis la calamité à Edmonton, lorsqu’une majorité de membres ont voté en faveur d’une révision de la direction, lançant ainsi une course à la chefferie qui a duré 16 mois.

Si M. Singh et le NPD souhaitent avoir du succès lors de la prochaine élection fédérale, ils doivent relever de nombreux défis. Toutefois, le parti doit, en premier lieu, mettre fin à sa recherche existentielle et se remettre à travailler sur la politique, à trouver des cibles et à persuader les gens s’il veut gagner en 2019.

Au niveau fédéral, avec les libéraux qui courtisent la gauche politique, les nouveaux démocrates doivent se démarquer sur les questions politiques et sur les méthodes pour y arriver. Il est grand temps de mettre l’accent sur le rééquilibre fiscal de l’imposition au Canada. Selon un récent sondage d’Environics, une majorité importante, soit 87 % des Canadiens, croient que les lois doivent être changées pour interdire l’utilisation des paradis fiscaux. Par conséquent, c’est une évidence politique, et c’est pour cette raison que les nouveaux démocrates doivent retourner à leur ancienne position politique et mener la charge et s’attaquer aux paradis fiscaux et éliminer les échappatoires touchant les options sur actions et les gains en capital.

« Les nouveaux démocrates doivent retourner à leur ancienne position politique et mener la charge et s’attaquer aux paradis fiscaux et éliminer les échappatoires touchant les options sur actions et les gains en capital ».

Cela fera en sorte d’aider à générer des revenus bien nécessaires pour des programmes sociaux, comme l’assurance médicament, les garderies et les investissements à long terme dans les infrastructures. Le débat fiscal qui a eu lieu dans la deuxième moitié de 2017 s’est terminé par une réduction de l’imposition des petites entreprises de 9 % par le gouvernement fédéral, ce qui s’est traduit par une perte de revenus de près de 3 milliards de dollars sur cinq ans. Cette perte de revenus dans les coffres fédéraux aurait pu servir à financer l’éducation post-secondaire, des investissements dans les soins de santé et dans les services de soins à domicile élargis. Les nouveaux démocrates doivent mener la charge en 2018 pour rééquilibrer l’imposition fédérale, et encore plus important, ils doivent expliquer pourquoi cela est si important aux Canadiens et les convaincre qu’il faut le faire.

Au Québec, comme dans le reste du Canada, le parti doit identifier les circonscriptions clés et bâtir une stratégie pour les gagner. Les militants du parti souhaitent voir une campagne de croissance en 2019 et cela veut dire que le parti doit trouver des talents, développer les compétences et accroître les ressources pour mener des campagnes bien financées.

Encore plus important, le parti doit trouver sa marque. Il doit préparer son jeu, inspirer ses militants et se rappeler pour qui et pourquoi il se bat. Avec moins de deux ans avant la prochaine élection, il est temps d’agir et la convention de février est le bon moment pour commencer.

Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.