Le plan d’action climatique du président Obama: la réaction du Canada

PAR KATHLEEN MONK

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KATHLEEN MONK

Vous vous rappelez des premiers temps du gouvernement Harper alors qu’à maintes reprises, il nous était dit que le Canada était à « échelons fixes » avec les États-Unis concernant la politique sur les changements climatiques?

Après sept années d’inaction au nord de la frontière, nous n’entendons plus ces affirmations. Et nous ne les entendrons probablement plus à moins que les conservateurs changent leur vision de la croissance économique axée sur les émissions de carbone.

Le Plan d’action climatique du président Obama a une portée très vaste. Il apporte une règlementation significative et il permet d’amorcer la réduction des émissions de GES aux États-Unis; il fait progresser l’investissement dans les énergies de remplacement et soutient la création de bons emplois respectueux de l’environnement; il consolide la capacité d’adaptation qui est plus que nécessaire; il est susceptible de propulser les États-Unis vers un rôle de chef de file dans les efforts piétinants en matière de politique climatique internationale.

Le plan peut très bien marquer un tournant décisif dans les efforts mondiaux pour prévenir l’augmentation catastrophique de la température. Voilà une bonne nouvelle pour tous.
Pour le Canada, il signifie que la politique du gouvernement conservateur visant à promouvoir nos ressources pétrolières pour l’exportation est totalement inadéquate si un régime sur les émissions de carbone n‘est pas mis en place. Il insiste également sur l’éloignement croissant entre le premier ministre Harper et notre plus proche allié devant la nécessité d’agir.

WhitehouseDes lettres au président Obama promettant la mise en place de mesures ne remplacent pas une vraie réglementation permettant de réduire les émissions de carbone.

Le président Obama a clairement indiqué au Canada qu’une décision d’approuver le pipeline Keystone XL dépendait du projet, à savoir s’il provoquerait ou non une augmentation importante des émissions. Contrairement au premier ministre Harper, le président Obama croit que la société a une obligation morale de lutter contre les changements climatiques.
Il a de bonnes raisons de douter que le premier ministre Harper partage cette conviction.

Les conservateurs ont échoué à plusieurs reprises quant à la mise en place d’une réglementation sur la réduction d’émissions pour les secteurs pétrolier et gazier depuis le plan de 2007 « Prendre le virage » tant louangé. Ces règles sont nécessaires si le Canada a le moindre espoir de s’acquitter de ses engagements d’une modeste réduction dans le cadre de l’Accord de Copenhague, engagements que les États-Unis sont sur la voie de respecter.

Aussi, bien peu porte à croire que ces règles s’avèreront rigoureuses lorsqu’elles seront enfin mises en application. Le charbon, unique secteur où des règles ont été introduites, présente des objectifs en matière d’émissions qui ont été considérablement diminués à la suite des réactions de l’industrie, et ces règles ne seront donc pas entièrement mises en pratique avant 2062.

Les antécédents inquiétants du Canada sur d’autres aspects de ses mesures climatiques conviennent peu au président Obama : soit le silence des climatologues; des réductions de financement sur la recherche climatique; et de notre approche obstructionniste lors des pourparlers sur le climat mondial.

Les commentaires réticents de notre ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver (qui frisent de déni quant aux changements climatiques), n’aident en rien non plus.

« Le pétrole continuera d’occuper une place importante dans notre économie pour un bon moment encore, donc le besoin de réduire nos émissions en établissant un prix pour le carbone est primordial. »

Ironiquement, le manque de crédibilité du Canada sur la question du climat constitue l’obstacle qui empêche le premier ministre Harper d’atteindre les marchés d’exportation du pétrole qu’il considère essentiels aux intérêts économiques canadiens à long terme.

Plutôt que de nous entêter, nous devrions renforcer les lois sur l’environnement et non les affaiblir. De plus, nous devrions faire preuve de leadership lors des pourparlers sur le climat et non chercher à les miner.

Le pétrole continuera d’occuper une place importante dans notre économie pour un bon moment encore, donc le besoin de réduire nos émissions en établissant un prix pour le carbone est primordial. Cependant, l’avenir des emplois bien rémunérés et d’une croissance économique durable, comme le président Obama l’a compris, repose sur la nécessité d’accepter la décarbonisation et d’encourager les secteurs industriel, technologique et de production à demeurer dynamiques et respectueux de l’environnement.

Kathleen Monk est Conseillère principale à l’Institut Broadbent, et a également servi comme sa Directrice générale fondatrice. Antérieurement, Mlle Monk a travaillé sur la Colline Parlementaire comme la Directrice des communications stratégiques de Jack Layton. Elle est une commentatrice médiatique fréquente, et le journal The Hill Times l’a nommée « la nouvelle voix de la gauche politique canadienne ». Avant son entrée dans la politique, Mlle Monk a travaillé dans des salles de nouvelles à Toronto, Ottawa, et Washington. Elle a étudiée à la London School of Economics, et elle est une bénévole active avec À voix égales. Elle passe énormément avec ses deux fils.


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TIM POWERS

Le président Barack Obama est un brillant orateur qui dégage l’authenticité et la passion. Bien qu’il fasse preuve d’un engagement intellectuel envers la question des changements climatiques et qu’il exprime suffisamment d’émotions pour être crédible, ses actions devront finir par rejoindre sa rhétorique. Comme le proclamait récemment haut et fort une manchette dans le journal britannique Guardian, « Barack Obama devrait mettre en pratique ce qu’il prêche au sujet des changements climatiques ».

Le Guardian châtiait le président américain pour avoir profité de l’influence des États-Unis dans le but que le Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale restreigne les efforts de l’Europe visant à faire payer aux compagnies aériennes leurs émissions dans le cadre de son projet d’échange de droits d’émission de carbone et à paralyser les efforts mondiaux en vue de faire payer les compagnies aériennes pour la pollution. De toute évidence, ces actions ne reflètent pas les paroles ambitieuses du président Obama exprimées dans son deuxième discours d’investiture :

« Nous, le peuple, croyons toujours que nos obligations en tant qu’Américains nous concernent, mais elles touchent également toutes les générations futures. Nous réagirons à la menace que constituent les changements climatiques… »

« Le Canada suivra attentivement ce qu’il adviendra du Plan d’action climatique du président Obama aux États-Unis ».

Pour être juste, le président Obama n’est pas le seul à tenir des propos fermes et audacieux en faveur de la lutte contre les changements climatiques. L’ancien vice-président américain Al Gore a fait beaucoup d’argent et a reçu un prix de l’Académie pour avoir partagé « Une vérité qui dérange », qui avait pour sujet la détresse de la planète terre. En vérité, il est plus facile de parler des solutions aux changements climatiques que de s’attaquer à ces derniers.

Demandez à l’ancien chef libéral fédéral Stéphane Dion ce qui se produit lorsqu’une politique comme « Le Tournant vert » est proposée. Ceci constitue un moyen excellent de devenir une anecdote historique.

« Le Canada, comme toute autre nation souveraine, devrait élaborer une politique sur les changements climatiques qui reflète les réalités de notre économie, qui respecte notre responsabilité internationale et surtout, qui peut réellement fonctionner quant aux objectifs à atteindre. »

Le Canada suivra attentivement ce qu’il adviendra du Plan d’action climatique du président Obama aux États-Unis. Bien sûr, il restera, dans l’intérêt immédiat du Canada, à déterminer la manière dont les intentions du président Obama sur le climat influenceront les grands projets de développement des ressources comme le projet Keystone XL. Le Canada, comme toute autre nation souveraine, devrait élaborer une politique sur les changements climatiques qui reflète les réalités de notre économie, qui respecte notre responsabilité internationale et surtout, qui puisse réellement fonctionner quant aux objectifs à atteindre.

Avant la fin de son mandat, il se peut que le président Obama ait un modèle de travail que le Canada et les autres pays pourront reproduire. Espérer le changement n’est pas en soi un changement de comportement, peu importe l’éloquence de l’orateur. Les politiciens, les responsables de l’élaboration des politiques et d’autres parties intéressées suivront la situation de près pour voir si la réalisation de la politique écologique, au sud de la frontière, verra le jour et si elle peut soutenir une opinion favorable du public.

En ce moment, pour un grand nombre de décideurs, la politique de la question alimentaire surpasse toujours les émissions de gaz à effet de serre. Voilà la réalité actuelle de notre époque. Les États-Unis et le Canada ne se sont pas détournés de celle-ci, malgré les millions de mots prononcés implorant le changement; ces paroles, en grande partie, n’ont été que de l’air.

Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. Originaire de St-John’s, Terre-Neuve, Tim commente souvent les questions politiques et les politiques publiques à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ou à la radio, à la chaîne VOCM, dans sa province d’origine.


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ROB SILVER

Depuis l’époque où il était un simple candidat à la présidence, Barack Obama aspirait à devenir non seulement le président, mais un président transformationnel. Il a clairement exprimé, lors de l’interminable premier débat, qu’il admirait les présidents tels que Ronald Reagan et Franklin Delano Roosevelt (FDR), car ces derniers ont orienté radicalement les États-Unis dans des directions différentes, plutôt que les présidents intérimaires ayant travaillé à titre de compétents administrateurs.

« la politique, tout comme l’histoire, est tout autant une question de symbolique qu’une question d’essence même »

Vous ne pouvez pas lire le second discours d’ouverture du président Obama sans conclure qu’il envisage de prendre des mesures sur les changements climatiques pour toutes autres raisons que d’utiliser cet élément clé pour déterminer la manière dont on se souviendra de lui dans les livres d’histoire, à savoir comme un président libéral Reagan.

jigsawMalheureusement pour les objectifs historiques du président Obama, sans un virage majeur au cours de l’élection de mi-mandat en 2014, les probabilités qu’il adopte une loi exhaustive sur les changements climatiques durant sa présidence sont, dans le meilleur des cas, limitées. Bien qu’il ait débattu longuement qu’il pouvait prendre de solides mesures sous une autorité présidentielle et par l’entremise de la EPA, nous avons également pu voir certaines mesures décrétées dans cette voie, il existe des limitations importantes sur ce qui peut être accompli par ce parcours.

Mais la politique, tout comme l’histoire, est tout autant une question de symbolique qu’une question d’essence même. Ce qui nous amène à Keystone. Aux yeux du mouvement écologiste des États-Unis, un élément clé de sa coalition électorale et un arbitre de sa bonne foi environnementale, Keystone représente maintenant LA décision qui déterminera si on se souviendra du président Obama comme un président écoresponsable ou non.

Alors qu’en est-il pour le Canada et pour ceux d’entre nous qui soutiennent Keystone? Oubliez vos hypothèses, à savoir que le Canada devrait prendre des mesures sur les changements climatiques parce que c’est important ou parce que cela comporte une obligation morale. Ignorez cela. Adoptez notre principale priorité, comme ce l’est pour notre premier ministre Harper, qui est d’obtenir l’approbation de Keystone, surpassant toutes les autres décisions.

Une des possibilités consiste à continuer de faire la même chose que le premier ministre Harper. Réglementation sectorielle par-ci, normes de rendement énergétique par-là, une dose massive de rhétorique un peu partout. L’argument repose sur les emplois et la sécurité énergétique.

Sauf que, bien sûr, cela ne fonctionne pas. Même pas un peu. Le président Obama a clairement rejeté les arguments concernant les emplois et la sécurité énergétique de Keystone. Je crois que seulement le fait d’en parler plus souvent pourrait le faire changer d’avis. Peut-être. Le président Obama a également exprimé de sérieuses inquiétudes concernant les politiques canadiennes sur les changements climatiques. Donc, développons davantage la rhétorique. De nouvelles réglementations sont sur le point d’être mises en place, d’un jour à l’autre. Sérieusement, cette fois. Mais à ce stade, l’idée de continuer selon la même approche et, comme par magie, obtenir un résultat différent ne semble pas être une véritable stratégie. Voilà simplement un vœu et une prière.

« le Canada devrait évidemment décréter seulement des politiques étant dans notre intérêt national »

Il existe une autre possibilité. Le premier ministre pourrait engager une relation diplomatique et des négociations de haut niveau avec le président. Il peut demander clairement l’avis du président, à savoir, qu’elle serait l’approche à adopter par le Canada afin qu’il approuve non seulement Keystone, mais qu’une stratégie nord-américaine intégrée sur le climat soit établie. Tout devrait être présenté sur la table des négociations, notamment la bien mauvaise taxe sur les émissions carboniques ou d’autres mécanismes fixant un prix sur le carbone.

Finalement, le Canada devrait évidemment décréter seulement des politiques étant dans notre intérêt national. Cependant, si le gouvernement Harper a décidé que Keystone est un élément essentiel de notre prospérité future, alors la conséquence presque certaine est que le Canada devra décréter une politique sur le climat plus agressive que tout ce qu’a envisagé le gouvernement actuel.

Cette seconde option est toujours envisageable pour le gouvernement. S’ils choisissent de l’ignorer et de simplement continuer avec l’approche actuelle avec entêtement et intransigeance ou de mal interpréter les propos du président, alors Stephen Harper aura autant contribué que le président Obama à faire avorter le projet Keystone.