Le déplacement des normes politiques et de la diplomatie internationale

« La pièce maîtresse sera un plan d’infrastructure de un billion de dollars qui comprendra la réparation et le remplacement des ponts, des aéroports et des édifices en décrépitude du pays ».

« La pièce maîtresse sera un plan d’infrastructure de un billion de dollars qui comprendra la réparation et le remplacement des ponts, des aéroports et des édifices en décrépitude du pays ».

Deux des objectifs primordiaux de l’administration Trump seront la création d’emploi et la croissance économique, et toutes les politiques – de la défense à l’énergie – devront s’y conformer. Compte tenu du régime politique fragmenté et épineux des États-Unis, ces objectifs ne seront pas tous atteints ni mis en œuvre. La pièce maîtresse sera un plan d’infrastructure de un billion de dollars qui comprendra la réparation et le remplacement des ponts, des aéroports et des édifices en décrépitude du pays. Mais l’énergie y jouera un rôle majeur.

Le président élu veut des emplois pour les mineurs, Keystone XL et plus de pipelines, plus de fracturations et d’explorations, même sur les terres fédérales protégées et en mer. Il souhaite que l’autonomie énergétique mette fin à la dépendance au Moyen-Orient et à des États voyous comme le Venezuela. Cette ambition comprendra, et doit comprendre – espèrent les Canadiens – le pétrole et le gaz naturel du Canada. Pour ce faire, il devra desserrer la réglementation environnementale et est pressé par des extrémistes de se retirer de l’Accord de Paris des Nations Unies ainsi que de vider de sa substance l’Environmental Protection Act (loi sur la protection de l’environnement des États-Unis).

Toutefois, le contrecoup de ces mesures draconiennes serait contre-productif et causerait une tempête, tant au pays qu’à l’étranger. Et Trump n’est pas un idéologue, mais un pragmatiste qui revient souvent sur ses engagements et contredit les propos tenus en campagne. Par exemple, quelques jours après avoir remporté l’élection, il s’est fait hésitant quant à la décision de mettre un terme à l’Accord de Paris et a concédé qu’il pouvait y avoir un « certain lien » entre l’activité humaine et les changements climatiques. (En 2012, il s’est mis à rédiger des gazouillis, à savoir que les changements climatiques étaient un « canular » monté de toute pièce par la Chine.) Ce besoin d’attirer l’attention est essentiel pour gagner du capital politique, mais le fait est que Trump est propriétaire de nombreuses propriétés en front de mer en Floride, et partout dans le monde, où la montée constante des océans occasionnerait l’érosion des plages et forcerait la prise de mesures de prévention coûteuses.

Les positions dures de Trump en matière de climat opposeront également des obstacles juridiques et autres. La Cour suprême des ÉtatsUnis a confirmé la capacité de l’Environmental Protection Agency (EPA) de réglementer la pollution et déterminé que, techniquement, le gouvernement devait s’occuper des gaz à effet de serre si les données scientifiques les plus crédibles indiquent qu’ils constituent une menace à la santé publique. Toute atteinte à l’intégrité de l’EPA ouvrira la porte à de nombreux litiges de la part d’organisations environnementales et autres.

The White House in Washington DC

« Les positions dures de Trump en matière de climat opposeront également des obstacles juridiques et autres ».

De grandes sociétés, se désignant comme le groupe 360+, ont déjà envoyé une lettre à Trump pour le presser, ainsi que tous les dirigeants, à soutenir l’Accord de Paris visant à passer à une économie à faibles émissions de carbone. Celles-ci comprennent DuPont, Gap, General Mills, Hewlett Packard, Hilton, Kellog, Levi Strauss & Co., L’Oreal, Nike, Mars Incorporated, Schneider electric, Starbucks et Unilever. Hormis d’importants virages, il y a d’autres mesures que Trump peut utiliser de façon unilatérale sur le plan énergétique et environnemental au cours de ses 100 premiers jours au pouvoir.

Il peut approuver Keystone; ouvrir un plus grand territoire à l’exploration, y compris en mer; desserrer une grande partie de la réglementation environnementale et réduire ou annuler les paiements au Fonds vert pour le climat des Nations Unies afin d’aider les pauvres à contrôleur leurs émissions.

Il peut également rejeter l’ALENA et d’autres traités du revers de la main, mais cela est compliqué. En vertu des dispositions de l’ALENA, toute nation participante peut unilatéralement signifier son intention de se retirer de l’Accord au moyen d’un préavis écrit de six mois, ce qu’il n’a pas fait. D’un autre côté, il pourrait négocier des changements avec le Mexique et le Canada, mais ceux-ci nécessiteraient également l’approbation du Congrès.

Il est plus probable qu’il utilise sa menace de retrait pour récolter des concessions de la part des sociétés, et de pays voisins. Trump a déjà déclaré que la Ford Motor Company lui avait mentionné qu’une usine de pièces d’automobile au Kentucky devant déménager au Mexique demeurerait dans l’État.

 « Dans le cas du Canada, la majorité de ses exportations aux États-Unis sont des transferts inter-sociétés entre les sociétés mères américaines et leurs succursales ».

« Dans le cas du Canada, la majorité de ses exportations aux États-Unis sont des transferts inter-sociétés entre les sociétés mères américaines et leurs succursales ».

Il a également promis au cours de sa campagne qu’il percevrait un impôt de « délocalisation » sur les biens importés par des entreprises américaines en provenance d’usines étrangères. « Nous verrons à ce qu’Apple construise ses fichus ordinateurs et autres trucs dans notre pays plutôt qu’ailleurs », a-t-il promis, ce qui est impossible dans sa totalité, mais le simple fait de le suggérer signale aux sociétés énergétiques ou à d’autres entreprises faisant des affaires aux États-Unis que le choix de fournisseurs de marchandises, de main-d’œuvre et de services à l’intérieur du pays devrait être une priorité. L’acier de pipelines devra donc provenir des États-Unis, et non de la Chine.

Bien que les plans d’envergure de Trump en matière d’énergie soient bien reçus par certains au sein de l’industrie, ils ne fonctionneront peut-être pas.

Par exemple, les emplois dans le secteur du charbon ont disparu surtout parce qu’une fracturation répandue depuis le milieu des années 2000 a favorisé la récupération économique de réserves massives de gaz naturelle, ce qui a fait descendre les prix. Cette tendance ne fera que s’accroître sous le régime Trump.

De même, le fait de produire beaucoup plus de pétrole et d’en accroître le développement aux États-Unis et au Canada pourrait réduire les prix encore davantage, un facteur de dissuasion pour les sociétés engageant un pari de 50 ans. L’ironie est donc que ce président pro-énergie pourrait s’avérer le porteur de mauvaises nouvelles pour les prix du pétrole et du gaz et de perspectives de croissance du charbon.

Trump a également transmis des messages ambigus quant à son soutien à Keystone XL. « Je veux qu’il soit construit, mais je veux une part des profits », a-t-il dit en mai devant un auditoire en Dakota du Nord. « C’est comme ça que nous ferons de nouveau de notre pays, un pays riche ».

La logique, appliquée ailleurs, ne tient pas la route et, si elle était appliquée à toutes les importations, ruinerait les Américains qui font de l’importation ou de l’exportation. Dans le cas du Canada, la majorité de ses exportations aux États-Unis sont des transferts inter-sociétés entre les sociétés mères américaines et leurs succursales. Il serait contre-productif de nuire au Canada puisque le pays fait plus d’acquisitions auprès des États-Unis que l’inverse, même plus que l’Union européenne dans son ensemble.

La notion d’exiger une part des profits est si absurde qu’elle est tout simplement ignorée au sein de la communauté des affaires. Mais même si le système de commerce international demeurait intact, le régime Trump fera pression sur les entreprises qui font des affaires aux États-Unis ou avec les États-Unis en vue de maintenir, de rapatrier ou de créer des emplois aux États-Unis.

USA Canada flag

Ce qui est sûr c’est que Donald Trump remplacera les normes et la diplomatie internationale par l’« art de la transaction » ou des stratégies de négociation pragmatiques. Cela exigera d’utiliser toutes les méthodes possibles, allant de la séduction aux menaces, aux échanges verbaux, aux colères, aux machinations, aux insultes, aux brimades, à la culpabilité, à l’intimidation, aux détournements et à la peur. C’est exactement comme cela qu’il s’y est pris pour évincer 16 autres candidats à la primaire républicaine et comment il prévoit créer des emplois aux États-Unis et assurer la croissance économique.

Diane Francis, envoyée spéciale, National Post, et auteure de « Merger of the Century: Why Canada and America Should Become One Country ».