Une entrevue avec Karen Harbert, présidente-chef de la direction de l’American Gas Association

Karen Harbert, présidente et chef de la direction de l’American Gas Association (AGA).

Karen Harbert a une vision globale des défis et des occasions que présente le gaz naturel en Amérique du Nord. La présidente et chef de la direction de l’American Gas Association (AGA) a entamé sa carrière à l’Agence des États-Unis pour le développement international, le point de départ d’une carrière diversifiée dans le domaine de l’énergie. Des projets publics et privés qui ont vu le jour un peu partout à travers le monde l’ont aidée à devenir une force dans le développement de politiques et la défense des droits.

« J’ai pu constater d’énormes différences entre les pays qui avaient accès aux ressources énergétiques et ceux qui n’y avaient pas accès, a expliqué Mme Harbert à ÉNERGIE. L’énergie est au cœur de la croissance économique et de l’amélioration de la vie des gens. »

Depuis son entrée en fonction à l’AGA en avril 2019, Mme Harbert a continué de promouvoir le rôle essentiel que joue l’énergie dans la prospérité économique du pays. Selon elle, l’association joue un rôle majeur pour ce qui est de sensibiliser les Américains à l’industrie des services publics de gaz naturel; cela est palpable dans l’investissement quotidien des membres de l’AGA et l’accent mis sur le maintien et l’amélioration de la sécurité du système national de livraison du gaz naturel, leur obligation d’assurer aux familles et aux entreprises une source d’énergie fiable et abordable quand et où elles en ont besoin, et la contribution du gaz naturel à réduire les émissions aux niveaux les plus bas que l’on ait observés en 25 ans.

« L’AGA se doit de raconter ces histoires – aux décideurs, à ceux qui bénéficient de l’abondance de nos ressources en gaz naturel et au peuple américain. Nous voulons que ces progrès se poursuivent. L’industrie américaine du gaz naturel s’est engagée à fournir l’énergie à laquelle les Américains s’attendent tout en réduisant les émissions et en utilisant les abondantes ressources en gaz naturel de notre pays d’une manière durable, respectueuse de l’environnement et sûre ».

Les réserves prouvées de gaz naturel aux États-Unis ont plus que doublé au cours de la dernière décennie, atteignant près de 450 billions de pieds cubes (bpi3), selon le département de l’Énergie des États-Unis, grâce à la révolution des gaz de schiste. En retour, les estimations de l’offre future s’élèvent à 3 374 bpi3, selon l’évaluation biennale du Comité du potentiel gazier, publiée en septembre 2019.

L’augmentation de l’exploration et de la production de gaz naturel a également permis de sensibiliser davantage le public à l’utilisation et à la disponibilité croissantes de ce combustible dans tout le pays. Les Américains sont plus nombreux que jamais (quelque 178 millions) à utiliser le gaz naturel et ce, de diverses façons, de la production d’électricité en passant par la fabrication, l’alimentation en carburant de véhicules efficaces et l’exportation sous forme de gaz naturel liquéfié.

La PDG de l’AGA veut que tous soient au fait de l’engagement de l’industrie envers les collectivités dans lesquelles elle exerce ses activités, car elle investit en moyenne 824 $US par seconde chaque jour pour améliorer la sécurité des réseaux de distribution et de transport du gaz naturel et assurer sa prospérité future. « Nous avons une abondance de gaz naturel et nous devons augmenter la capacité pipelinière pour répondre à cette demande croissante. Dans certaines régions, les nouvelles propositions de gazoduc se heurtent à une opposition locale et politique. C’est l’occasion pour nous et pour nos membres dans ces régions de discuter du rôle essentiel que joue le gaz naturel dans notre vie et des conséquences extrêmes de la réduction de l’accès à cette source d’énergie propre et abondante », précise Mme Harbert.

« De même, il y a des factions dans certaines régions de notre pays qui pensent que nous pouvons éliminer complètement l’utilisation du gaz naturel. Cela exige des conversations réfléchies sur les énormes avantages que le gaz naturel procure chaque jour, mais c’est aussi l’occasion de rappeler à l’ensemble de la collectivité que nous partageons ses objectifs. Tout plan visant à réduire les émissions de gaz naturel aura pour fondement le gaz naturel, c’est prouvé et indéniable ».

« Les Américains sont plus nombreux que jamais (quelque 178 millions) à utiliser le gaz naturel et ce, de diverses façons ».

Mme Harbert ne voit pas l’énergie comme un choix ou une proposition lorsqu’elle discute de la concurrence avec d’autres sources d’énergie à l’échelle nationale et internationale, faisant remarquer que son expérience dans l’industrie a prouvé qu’une approche par portefeuille fonctionne mieux.

« L’utilisation accrue du gaz naturel est le principal facteur de réduction des émissions du secteur de l’électricité, car le gaz naturel a remplacé une partie de notre consommation de charbon tout en favorisant la croissance des énergies renouvelables. Je pense que cette tendance va se poursuivre à l’échelle nationale. À l’échelle internationale, le gaz naturel nord-américain a occasionné la réorganisation du marché mondial de l’énergie, car la disponibilité de nos ressources abondantes et abordables a permis de relâcher l’emprise des pays qui exerçaient leur monopole énergétique comme si c’était une arme. C’est un processus lent pour l’implantation, l’autorisation et la construction de terminaux d’exportation, mais les exportations de GNL continueront de créer une demande pour notre industrie, et la disponibilité de cette source d’énergie propre rendra l’utilisation du gaz naturel réalisable dans bien d’autres régions de notre planète ».

« Les États-Unis devraient devenir le troisième exportateur mondial de GNL, après l’Australie et le Qatar ».

La capacité d’exportation de GNL des États-Unis devrait plus que doubler pour atteindre 8,9 milliards de pieds cubes par jour d’ici la fin de 2019, lorsque de nouveaux terminaux seront mis en service. En ajoutant de la capacité à ses trois terminaux d’exportation commerciale existants, les États-Unis devraient devenir le troisième exportateur mondial de GNL, après l’Australie et le Qatar.

Le travail que Mme Harbert a effectué dans le passé sur la politique énergétique et les affaires internationales, de concert avec le département de l’Énergie des États-Unis, lui donne un point de vue mondial sur l’impact incroyable qu’une source d’énergie fiable peut avoir sur une collectivité. « Chaque jour, aux États-Unis, nous tenons pour acquis que nous avons de l’eau propre à boire, de la nourriture facile à se procurer et de l’énergie fiable sur laquelle compter. Quand une communauté peut obtenir une source d’énergie fiable, rien n’est hors de sa portée ».

Mme Harbert note qu’il y a un peu plus d’une décennie, les innovations technologiques en matière de production de gaz naturel ont permis d’extraire une abondance de gaz naturel des formations de schistes, modifiant complètement le paysage énergétique du continent. Cette innovation est la clé de l’avenir énergétique de l’Amérique du Nord.

« Tout a changé dans la façon dont nous extrayons, transportons et livrons le gaz naturel, qu’il s’agisse des plateformes technologiques que nous exploitons, des matériaux des pipelines que nous utilisons ou même des compétences des femmes et des hommes qui accomplissent ce travail. Nous sommes des avant-gardistes. Nous utilisons des drones, l’intelligence artificielle et des données pour améliorer nos opérations et devenir plus efficaces. Quand nous parlons de notre avenir énergétique, nous parlons d’une industrie qui continuera à découvrir, à innover et à évoluer ».

« La fiabilité et la qualité de vie dont jouissent les Américains n’est pas possible sans le gaz naturel ».

L’innovation continue dans l’ensemble de l’industrie du gaz naturel stimule les progrès dans la production, le transport et l’amélioration des façons dont les gens et l’industrie utilisent le gaz naturel.

« Je ne peux que constater la croissance soutenue du marché du gaz naturel et l’adoption généralisée des technologies novatrices disponibles aujourd’hui dans le secteur résidentiel et commercial. Nous devons continuer à souligner le fait que l’atteinte de notre objectif commun de réduction des émissions tout en maintenant l’abordabilité, la fiabilité et la qualité de vie dont jouissent les Américains n’est pas possible sans le gaz naturel ».

« En ce qui concerne les relations transfrontalières, les industries américaine et canadienne du gaz naturel ont beaucoup en commun et ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre », de préciser Mme Harbert. Selon le Center for Strategic & International Studies, les exportations canadiennes de produits énergétiques vers les États-Unis ont atteint 75,62 milliards de dollars en 2017, soit près de quatre fois la valeur de 19,64 milliards de dollars des importations américaines de produits énergétiques1. Des milliers de kilomètres de gazoducs canadiens traversent les États-Unis et y sont acheminés, et des milliards de pieds cubes de gaz des deux côtés de la frontière sont transportés et utilisés dans les deux pays.

«  Les nouvelles technologies rendent le gaz naturel plus sûr et plus propre ».

« Fondamentalement, nous retirons le même composé du sol et utilisons les mêmes méthodes pour le livrer aux clients qui en ont besoin et qui le souhaitent. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Association canadienne du gaz parce que nous avons des membres qui ont des activités dans les deux pays et que nos industries ont des possibilités semblables de faire progresser ce créneau et les avantages qu’il apporte aux Nord-Américains ».

Mme Harbert termine en précisant que son expérience à la tête du Global Energy Institute de la Chambre de commerce des États-Unis pendant 10 ans lui a permis d’être aux premières loges de la révolution des schistes américains et de l’immense croissance de l’économie américaine alimentée par des réserves de gaz naturel abordables et abondantes, et qu’elle a été une excellente préparation pour entrer sur le marché en aval. « Je suis très heureuse de diriger l’American Gas Association à un moment où une grande partie de ce que nous avons construit au cours de la décennie précédente porte ses fruits. Les nouvelles technologies rendent le gaz naturel plus sûr et plus propre. Les services publics s’associent à des établissements de recherche et à des entreprises du secteur privé pour utiliser le gaz naturel de nouvelles façons, et nos clients et notre environnement en sont les véritables bénéficiaires. L’avenir est assurément prometteur. »

Dina O’Meara couvre les affaires énergétiques canadiennes depuis près de 20 ans.