Que pensez-vous du résultat des élections américaines et de ce qui en découlera pour le Canada en termes d’énergie et d’environnement? 

LES POSITIONS DE NOS ANALYSTES: NDP, CONSERVATEUR, ET LIBÉRAL

PAR KATHLEEN MONK

PAR KATHLEEN MONK

Je ferai écho aux sentiments exprimés par bon nombre de femmes, de minorités et de partisans progressifs depuis les élections américaines en disant que je suis profondément déçu qu’Hillary Clinton ne soit pas devenue le quarante-cinquième président des États-Unis. Ce résultat a eu un vif impact sur de nombreuses personnes, mais il aura aussi une autre incidence : il nous poussera à continuer de nous battre pour les politiques auxquelles nous croyons, et à ne pas tenir pour acquis les droits qui nous tiennent à coeur.

Les répercussions de cette élection au Canada sont difficiles à prédire, principalement en raison de l’imprévisibilité du président lui-même, Donald Trump. En ce qui concerne les politiques canadiennes du secteur de l’énergie et de l’environnement, je crois que l’avenir est incertain. M. Trump a mentionné que les changements climatiques d’origine humaine étaient un « canular » et a menacé de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat; il serait donc raisonnable de s’attendre à ce que son programme d’action tende dans ce sens – mais cette rhétorique semble avoir déjà changé depuis l’élection. Récemment, Trump a dit au New York Times qu’il voyait un « certain lien » entre les humains et les changements climatiques et qu’il « garderait l’esprit ouvert » concernant l’Accord de Paris.

The impact of the U.S. election on Canada is difficult to predict.

« Les répercussions de cette élection au Canada sont difficiles à prédire ».

La preuve la plus concrète de l’approche de l’administration Trump en matière d’énergie et d’environnement est probablement son choix de nommer Scott Pruitt à la direction de l’Environmental Protection Agency. Pruitt, un sceptique des changements climatiques, sera la figure de proue pour le démantèlement des politiques distinctives du président Obama sur le climat – comme le Clean Power Plan, qui visait à faire fermer plusieurs centrales thermiques au charbon afin de réduire les émissions de carbone issues de la production d’électricité.

Si vous croyez que Donald Trump sera conséquent et tiendra ses promesses de campagne à titre de président, nous devrions alors être témoin d’une relance de l’industrie du charbon et d’un desserrement de la réglementation sur le pétrole et le gaz, ainsi que de l’ouverture des terres fédérales au forage.

Mais quelle en sera l’incidence sur le Canada?

Les experts comme Bob Murray, un professeur auxiliaire à l’Université de l’Alberta, ne sont pas convaincus qu’une présidence sous Trump apportera de plus grands avantages au secteur énergétique du Canada. Tout au long de sa campagne, Trump s’est prononcé en faveur du pipeline Keystone XL, mais Murray nous prévient que la priorité de Trump est de négocier une meilleure entente pour les États-Unis, ce qui pourrait annuler tout avantage pour l’industrie du Canada.

Les entreprises et gouvernements ouverts sur l’avenir et en faveur du développement des ressources comprennent qu’un engagement à préserver l’environnement et à réduire les émissions est essentiel à l’atténuation des préoccupations au sujet des projets de développement. Le président Barrack Obama, la première ministre albertaine Rachel Notely et le premier ministre du Canada Justin Trudeau ont compris qu’il nous fallait des programmes d’action qui permettent de maintenir un juste équilibre entre la croissance et la prospérité économique et un engagement à faire face aux changements climatiques.

La direction que prendra le président Trump demeure incertaine, mais si les États-Unis s’engagent dans la voie du déni des changements climatiques et rejettent la coopération internationale, il est difficile d’imaginer comment le Canada pourrait en bénéficier.

The direction of President Trump remains unclear.

« La direction que prendra le président Trump demeure incertaine ».

Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.


PAR TIM POWERS

PAR TIM POWERS

C’est bien vrai… Il ne s’agit pas d’un mauvais rêve. Donald Trump est bel et bien le président des États-Unis d’Amérique. Il est devenu officiellement président le 20 janvier 2017. Tenez-vous bien, l’aventure ne fait que commencer.

S’il y avait de grandes leçons à tirer des récentes élections présidentielles américaines, la première serait de ne pas sous-estimer le président Trump. Il s’est avéré être – et c’est le moins qu’on puisse dire – un astucieux lecteur des états d’âme du moment aux États-Unis. Il est également passé maître dans la manipulation de multiples plateformes médias.

Pour ce qui est de l’environnement et de l’énergie, Trump est probablement plus susceptible d’adopter les positions républicaines traditionnelles. Ce qui signifie tout simplement que les emplois, la création et le maintien de ceux-ci, auront probablement la priorité sur les changements climatiques. De plus, dans un plus vaste ordre d’idées, Trump a envisagé d’accroître l’indépendance énergétique des États-Unis. Mais nous en savons peu sur ce que cela veut dire.

Voici quelques-unes des autres propositions du président élu concernant l’énergie et l’environnement –

  • Il a invalidé le décret-loi d’Obama et a accéléreré la réalisation du pipeline Keystone XL;
  • Il a donné le feu vert au pipeline Dakota Access;
  • Il lèverait les restrictions sur l’extraction de pétrole dans le golfe du Mexique et dans l’Arctique;
  • Il déréglementerait l’industrie des combustibles fossiles, et
  • Il démantèlerait le Clean Power Plan d’Obama.

Son choix de nommer Scott Pruitt à la direction de l’Environmental Protection Agency, nous donnes une meilleure idée de ses penchants et de ses tendances en ce qui concerne les orientations politiques d’intérêt pour votre industrie.

Pour l’instant, nous devrons probablement nous contenter d’attendre pour constater quelles seront les incidences de l’élection de Trump sur les politiques canadiennes dans ce domaine. Depuis la victoire de Trump, le gouvernement Trudeau a réitéré sont engagement à la tarification du carbone, annoncé l’élimination graduelle de la production houillère et approuvé sous condition deux pipelines. Tout a donc été comme prévu – bien que certaines organisations environnementales puissent en douter, toutefois, c’est là que se situe le Canada en ce moment.

As for the impact of Trump’s election on Canadian policy in this arena that is also probably a game of wait and see for now.

« Pour l’instant, nous devrons probablement nous contenter d’attendre pour constater quelles seront les incidences de l’élection de Trump sur les politiques canadiennes dans ce domaine».

Il serait peut-être plus facile de lancer de la confiture sur un mur et d’espérer qu’elle y colle que de comprendre les préférences de Donald J. Trump en matière de politique et leurs répercussions immédiates sur le Canada. Nous avons quatre ans pour y penser.

Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


PAR MICHAEL SUNG

PAR MICHAEL SUNG

Au cours de sa récente visite au Canada, le vice-président Joe Biden a déclaré que le monde s’engage inévitablement sur la voie de la réduction des gaz à effet de serre, même si cette orientation ne fait pas partie des priorités du président Donald Trump. Il a ajouté que, peu importe ce que décidera le prochain gouvernement américain, il y aura toujours d’ardents défenseurs de l’adoption de mesures plus énergiques pour contrer les changements climatiques et que cette dynamique n’est pas près de s’estomper.

En effet, même si l’administration Trump évite de s’attaquer à ce problème, le changement de cap tant anticipé pourrait bien ne pas se produire. Le discours à ce sujet est articulé par l’industrie et les intervenants du monde entier, et tout particulièrement en Amérique du Nord.

Toutefois, le premier ministre devra mener une lutte difficile. En effet, même si le Canada et les États-Unis ont été de solides alliés sur le plan des changements climatiques durant la dernière année, il est clair que la présidence Trump s’annonce comme une ère de recul en la matière avec l’abandon de la réglementation du plan d’action en faveur de l’énergie propre, le retrait de l’Accord de Paris et la production accrue de charbon, au grand dam de certains environnementalistes; et tout cela alors que le premier ministre Trudeau et le ministre McKenna s’efforcent d’atteindre leurs cibles de l’Accord de Paris.

Comme il s’agit de notre principal partenaire commercial, les États-Unis influent considérablement sur notre compétitivité économique. Étant donné l’intégration de l’économie du Canada et des États-Unis, il serait bien plus facile pour le premier ministre Trudeau de contrer les changements climatiques si nos voisins du Sud partageaient sa vision. Pour engager le dialogue avec le président Trump, le gouvernement canadien devra lui présenter des arguments économiques mettant en valeur les façons dont l’environnement et l’économie peuvent profiter d’un concept de réduction du carbone qui permette de répondre aux préoccupations sur le plan de la compétitivité. Le Canada doit cependant améliorer sa position concurrentielle pour attirer des investissements.

Prime Minister Trudeau may find himself sequestered as he pushes forward with the carbon pricing framework.

« Le premier ministre Trudeau pourrait se trouver piégé en voulant faire avancer son cadre de tarification du carbone ».

Or, avec la nomination de Rex Tillerson comme secrétaire d’État ainsi que celles de Rick Perry et de Scott Pruitt à des postes clés au sein de la future administration Trump, le secteur pétrolier canadien a bien des raisons d’être optimiste à propos de l’avenir. Si le rôle de catalyseur de ces personnes au sein de l’administration Trump se confirme, le premier ministre Trudeau pourrait se trouver piégé en voulant faire avancer son cadre de tarification du carbone.

Tout cela revient à dire que l’adoption des politiques énergétiques du président semble inévitable. Comme son discours de campagne n’a pas été axé sur la rigidité en matière environnementale, ses positions iront certainement en ce sens. Dernièrement, M. Trump a d’ailleurs indiqué dans le cadre d’une entrevue accordée au New York Times qu’il y avait un « certain lien » entre l’activité humaine et les changements climatiques. Peut-être que M. Trump ne sera pas en mesure de renverser la tendance mondiale actuelle en faveur des énergies renouvelables, que ce soit au cours de son premier ou de son second mandat, mais à titre de pièce maîtresse de sa plateforme électorale, les énergies renouvelables joueront certainement un rôle important dans la mise en œuvre de son programme.

Michael Sung est consultant chez Crestview Strategy, une agence d’affaires publiques ayant des bureaux à Toronto et à Ottawa. Michael a travaillé à des campagnes politiques à tous les niveaux de gouvernement et continue d’être un volontaire pour sa communauté.