Que pensez-vous de la nouvelle relation entre le gouvernement fédéral et les provinces?

LES POSITIONS DE NOS ANALYSTES: NDP, CONSERVATEUR, ET LIBÉRAL

PAR KATHLEEN MONK

PAR KATHLEEN MONK

Comme les choses peuvent changer en seulement un an!

Lorsque le gouvernement libéral de Justin Trudeau est arrivé au pouvoir, on a constaté un renouveau sur le plan des relations fédérales-provinciales. Les Conservateurs ayant été expulsés de l’édifice Langevin, les relations entre les premiers ministres et le premier ministre étaient harmonieuses.

Malheureusement, un an après, on pourrait plutôt les décrire comme étant grinçantes.

Les Canadiens ne pourront plus entendre leur chanson de camp préférée Kumbaya fusant des salles de réunion du Conseil de la fédération. En fait, je parierais que vous entendriez plutôt la pièce de Twisted Sister We’re not gonna take it (qui se veut un doigt d’honneur à l’autorité).

La nouvelle relation a commencé du bon pied, mais l’annonce du premier ministre Trudeau à l’automne 2016 sur la tarification du carbone, lorsque le gouvernement fédéral a lancé un ultimatum aux provinces, soit qu’elles adoptent une taxe sur le carbone ou un plan de plafonnement et d’échange, soit qu’Ottawa impose sa propre taxation, a entraîné la sortie en furie des ministres des réunions et un appel à la trahison.

L’attitude « c’est ça ou c’est rien » qu’a adoptée le premier ministre Trudeau à l’égard des provinces va à l’encontre de ce qu’il avait promis être une approche plus collaborative.

Malgré le claquement des portes et la tempête sur Twitter, particulièrement par le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall, le gouvernement Trudeau a tout de même fixé le prix du carbone trop bas pour atteindre les objectifs internationaux en matière de changement climatique. Mark Jaccard, enseignant à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique, a écrit qu’il faudrait établir le prix du carbone à 200 $ la tonne pour obtenir des résultats et réduire les effets du changement climatique. Or, le gouvernement Trudeau a établi un objectif à un minimum de 50 $ la tonne d’ici 2022.

 « Lorsque le gouvernement libéral de Justin Trudeau est arrivé au pouvoir, on a constaté un renouveau sur le plan des relations fédérales-provinciales ».

« Lorsque le gouvernement libéral de Justin Trudeau est arrivé au pouvoir, on a constaté un renouveau sur le plan des relations fédérales-provinciales ».

Le gouvernement libéral tente toujours de vendre sa salade, particulièrement ses politiques en matière de changement climatique à titre de mesures courageuses; lorsque visiblement la partie la plus « verte » de ses politiques est qu’il utilise des cibles climatiques recyclées du gouvernement conservateur de Stephen Harper – le même gouvernement conservateur qui a remporté de multiples prix Fossile.

Bien que les politiques sur le climat et la tarification du carbone aient généré de grands discours creux, c’est le budget des soins de santé du gouvernement Trudeau qui sans aucun doute constituera la plus grande barrière à l’harmonie des relations entre les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral au cours des prochains mois.

Avec l’arrivée du premier ministre Trudeau aux réunions du Conseil de la fédération avec le budget des soins de santé de Stephen Harper, même les premiers ministres provinciaux sur la même longueur d’onde idéologique que les Libéraux du gouvernement fédéral, comme l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique, crient au scandale.

Ceci dit, les provinces, particulièrement les provinces libérales, ont généralement gardé le silence puisque l’immense popularité du premier ministre Trudeau auprès du public canadien est beaucoup plus importante que leur propre cote de popularité.

La question demeure : quand la lune de miel avec les Libéraux de Justin Trudeau se terminera-t-elle? Les premiers ministres sont divisés quant à la construction de nouveaux pipelines et aux décisions devant être prises sous peu concernant leur approbation ou leur rejet – cela pourrait être plus tôt que plus tard.

Kathleen Monk est un stratège en communications qui possède plus de 15 années d’expérience dans les secteurs gouvernemental, des médias et des organismes à but non lucratif. Elle est souvent invitée comme imminente commentatrice politique à l’émission The National – The Insiders de la CBC. Elle fait aussi part de ses analyses dans le cadre de Power and Politics du réseau CBC News.


PAR TIM POWERS

PAR TIM POWERS

Le gouvernement Trudeau est au pouvoir depuis plus d’un an et, en apparence, les relations fédérales et provinciales demeurent positives. Le premier ministre continue de parler de ce qui compte au sujet du fédéralisme coopératif et collaboratif, mais il ne joint pas toujours le geste à la parole.

Devant deux importantes questions politiques sur la scène fédérale-provinciale, le premier ministre n’a pas eu peur d’agir ou de signaler qu’il agirait de façon unilatérale. En octobre, par exemple, quand les ministres de l’environnement à l’échelle fédérale, provinciale et territoriale se sont réunis pour discuter des changements climatiques, le premier ministre a fait part le jour même de la rencontre de son plan de tarification du carbone. Trois provinces ont quitté la salle, outrées par la démarche du gouvernement fédéral. Rien de mieux quand on parle de fédéralisme coopératif que de recevoir un bon coup de poing au visage.

Par ailleurs, avant la réunion fédérale-provinciale des ministres de la Santé, le gouvernement Trudeau a fait savoir que, pour le moment, il poursuivrait le plan d’investissement en matière de soins de santé de l’ancien gouvernement Harper. Ils ont avancé de quelques pas en signalant que d’autres conditions pourraient se rattacher aux fonds fédéraux pour obtenir des résultats dans certains domaines. C’est comme inviter une personne à votre domicile et qu’elle vous dicte quoi cuisiner pour elle. Le repas peut ne pas être aussi appétissant par la suite.

« Pour ce qui est de la grande leçon à tirer à ce jour, c’est que le premier ministre est prêt à profiter de son indéniable avantage politique pour agir lorsqu’il estime que les provinces ne coopèrent pas dans certains dossiers clés ».

« Pour ce qui est de la grande leçon à tirer à ce jour, c’est que le premier ministre est prêt à profiter de son indéniable avantage politique pour agir lorsqu’il estime que les provinces ne coopèrent pas dans certains dossiers clés ».

Malgré tout, sur la scène publique, il semblerait que le premier ministre fédéral et les premiers ministres provinciaux et territoriaux entretiennent des relations saines et positives. Les premiers ministres réalisent probablement que Justin Trudeau reste de loin l’homme politique préféré de tout le pays, à l’exception près du premier ministre Wall de la Saskatchewan qui n’a pas eu peur d’affronter le premier ministre, et en cette période de difficultés économiques, son gouvernement a l’argent dont ils ont besoin. Par conséquent, il faut s’attendre, pour l’instant, à cet état d’esprit où tout le monde est beau, tout le monde est gentil.

Pour ce qui est de la grande leçon à tirer à ce jour, c’est que le premier ministre est prêt à profiter de son indéniable avantage politique pour agir lorsqu’il estime que les provinces ne coopèrent pas dans certains dossiers clés. Sur la tarification du carbone, il avait l’appui du grand public et ralliait les principaux intervenants pour faire avancer ce programme, quelles que soient certaines réticences de la part des provinces ou du fédéral.

C’est un politicien intelligent et il sait qu’il doit agir pour apporter d’importants changements pendant qu’il jouit de la faveur politique pour le faire. Les provinces ne voudront pas toujours jouer le jeu, et un nouveau président américain ayant des priorités très divergentes concernant la politique énergétique pourrait bientôt changer la trajectoire de ce dossier. Dans un an ou deux, les relations fédérales-provinciales pourraient ne plus avoir le même visage qu’aujourd’hui.

Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.


PAR MICHAEL SUNG

PAR MICHAEL SUNG

Le gouvernement du Canada a récemment introduit l’idée d’une approche pancanadienne pour une tarification de la pollution par le carbone. Le cadre présente la tarification du carbone comme un élément central appliqué à un grand éventail de sources d’émission dans l’ensemble de l’économie. Ce qui est important, c’est que toutes les compétences doivent avoir mis en place la tarification du carbone d’ici 2018. Les provinces et les territoires pourront choisir la manière dont la tarification du carbone est mise en œuvre soit (i) dans le cadre d’un système basé sur le prix explicite, soit (ii) dans le cadre d’un système de plafonnement et d’échange.

Lors d’une réunion historique, les premiers ministres provinciaux et le premier ministre du Canada se rencontreront pour négocier les détails de ce plan pour le climat pancanadien. Cette approche, soit d’avoir les gouvernements provinciaux et fédéral assis ensemble pour préparer un plan national dans l’intérêt de la protection de l’environnement, est une expérience que le pays n’a jamais vraiment tentée auparavant. Le premier ministre semble évidemment très engagé à atteindre un consensus avec les provinces, non seulement pour le changement climatique, mais également pour un assortiment de dossiers plus large, comme les régimes de retraite.

Alors que plus de 80 % de la population du pays est soumise à une forme de tarification du carbone, notamment la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et le Québec, c’est sans surprise que le gouvernement fédéral s’est senti à l’aise de mettre en œuvre des principes de tarification du carbone pour l’autre 20 % de la population. D’ailleurs, il s’agit d’une promesse électorale : un cadre environnemental national renouvelé axé sur l’économie propre. En réalité, selon un récent sondage de MainStreet, la majorité des Canadiens appuient le plan du gouvernement fédéral, soit d’introduire une tarification du carbone pancanadienne, avec ou sans la participation des provinces.

« Lors d’une réunion historique, les premiers ministres provinciaux et le premier ministre du Canada se rencontreront pour négocier les détails de ce plan pour le climat pancanadien ».

« Lors d’une réunion historique, les premiers ministres provinciaux et le premier ministre du Canada se rencontreront pour négocier les détails de ce plan pour le climat pancanadien ».

La question consiste à savoir si ces dernières sont prêtes à s’engager. En anticipant le leadership fédéral allié à la coopération des provinces, certaines organisations ont clairement senti que la collaboration provinciale venait de se faire prendre par une main dans un gant de velours. Pendant ce temps, le gouvernement de l’Alberta mentionnait qu’il n’appuierait pas la proposition du gouvernement fédéral sans que des progrès soient faits relativement à l’approbation du pipeline pour permettre à l’Alberta de s’assurer d’avoir les moyens économiques de financer ces politiques. La Saskatchewan, qui comme les autres provinces, détient la compétence constitutionnelle sur ses ressources naturelles, étudie toutes les options pour atténuer les répercussions de ce à quoi le premier ministre Wall réfère comme « l’une des hausses de taxes à l’échelle nationale les plus importantes dans l’histoire du Canada ».

L’atteinte d’un consensus sur une politique nationale en matière de changements climatiques sera certainement difficile alors que les provinces sont les véhicules qui contrôlent largement ces nouveaux flux de revenus et mènent à l’aide de solutions novatrices en matière de politique.

Alors que le pays se dirige vers un avenir sans carbone, le secteur des technologies propres aura l’occasion de présenter des solutions novatrices, et ceux qui produisent des émissions de GES classiques devront relever d’importants défis. Si une leçon doit être apprise par rapport à la vitesse à laquelle se déroule ce plan, il faut savoir que ce qui était populaire il y a un an n’est certainement pas une garantie de soutien continu. Si le déroulement de ce plan, dont dépendent de nombreuses provinces pour leur prospérité, devient compromis, le soutien populaire passé ne réussira pas à empêcher les provinces de défendre leurs propres intérêts.

Michael Sung est consultant chez Crestview Strategy, une agence d’affaires publiques ayant des bureaux à Toronto et à Ottawa. Michael a travaillé à des campagnes politiques à tous les niveaux de gouvernement et continue d’être un volontaire pour sa communauté.