Les entreprises quittent le Canada en raison du coût élevé de l’électricité. Que devraient faire les gouvernements pour offrir des solutions énergétiques abordables afin que les entreprises puissent continuer à exercer leurs activités au Canada?

LES POSITIONS DE NOS ANALYSTES: NDP, CONSERVATEUR, ET LIBÉRAL

PAR TIM POWERS

PAR TIM POWERS

Demandez à une entreprise ou à une personne et ils vous répondront presque invariablement que les prix de l’énergie sont trop élevés. Mais il ne s’agit pas seulement d’une expression de mécontentement mais d’une réalité. Vous ne me croyez pas? Jetez un coup d’œil ces  manchettes de la dernière année à la suite d’une simple recherche sur Google :

 

« Une entreprise de Toronto ouvre une usine aux États-Unis en réponse à la hausse des tarifs d’électricité» Toronto Star, 20 décembre 2016

« Des fabricants de l’Ontario sont à la recherche de pâturages plus verdoyants du côté américain à la suite de la flambée des coûts d’électricité » Financial Post, 15 mars 2017

« Baisse des profits des entreprises en raison des coûts de l’électricité dans la région de Windsor » CBC, 27 novembre 2016

Comme les titres le déclament, l’Ontario a récemment été le théâtre d’un débat animé sur la façon dont le gouvernement devrait réagir à l’égard de systèmes énergétiques ayant une incidence négative sur l’économie commerciale. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème sévissant en Ontario : vous pouvez constater que ce genre de discussion prend ou a pris place dans d’autres provinces. Les décideurs tentent de figurer comment fournir des solutions énergétiques abordables et il est difficile de trouver un modèle cohérent.

Si vous vous rendez sur le site Web des Ressources naturelles Canada (RNCan), voici ce qu’on mentionne sur ce qui façonne la « politique énergétique »  – « La politique énergétique du Canada est guidée par une série de principes, d’ententes et d’accords. » Le site présente les grands principes directeurs comme a) une orientation commerciale; b) le respect des compétences gouvernementales et du rôle des provinces; et c) au besoin, une intervention ciblée permettra d’atteindre des objectifs stratégiques précis par la réglementation ou d’autres moyens. Enfin, RNCan signale que « la politique énergétique fédérale est solide mais non statique. Elle doit demeurer souple pour permettre à un secteur de l’énergie économiquement compétitif et innovateur de fournir un approvisionnement en énergie sûr, fiable et sécuritaire. »

L’énoncé de la politique est correct, particulièrement pour ce qui est de la mention d’« économiquement compétitif ». Cependant, il existe plus d’une façon d’être économiquement compétitif et cela varie expliquent les décideurs en fonction, entre autres, de l’emplacement, de la capacité à investir, de la population, de la répartition et du milieu des affaires publiques. Rien de ce qui précède ne figure dans la politique énergétique mais ces éléments sont aussi importants pour guider les choix d’un gouvernement pour ce qui est de la question de l’abordabilité.

En fin de compte, la fourniture de services énergétiques abordables repose sur la capacité des décideurs à faire leurs devoirs et à faire preuve de prévoyance. Tout aussi cruciale et constituant en général un manquement colossal de la part de nombreux gouvernements est l’importance de communiquer ce à quoi l’énergie abordable ressemblera dans les années à venir, quels seront les compromis ou les coûts et pourquoi changer, si c’est nécessaire ou sera nécessaire.

Si vous êtes un gouvernement participant à des solutions d’énergie abordables, assurez-vous que ce que vous proposez soit en fait abordable.  Vos prévisions budgétaires doivent être justes. Il arrive souvent que les gouvernements se trompent dans leurs calculs et que la crédibilité en prenne un sérieux coup lorsque vient le temps de fournir des services d’énergie abordables.

“Ultimately delivering affordable energy is about policy makers doing substantial homework and applying significant forethought.”

« En fin de compte, la fourniture de services énergétiques abordables repose sur la capacité des décideurs à faire leurs devoirs et à faire preuve de prévoyance ».

Tim Powers est vice-président de Summa Strategies Canada ainsi que président d’Abacus Data, toutes deux ayant leur siège social à Ottawa. M. Powers est souvent invité à l’émission Power and Politics du réseau de télévision CBC, ainsi qu’à la chaîne VOCM de Terre-Neuve-et-Labrador, sa province d’origine.

 


Gabriela Gonzalez

PAR GABRIELA GONZALEZ

Les prix de l’énergie en hausse ne font aucune distinction entre les logements résidentiels et les entreprises. En 2016, on entendait parler de compagnies qui prenaient de l’expansion ou déménageaient leurs activités du Canada aux États-Unis en raison des prix énergétiques élevés.

Auparavant, les entreprises se préoccupaient seulement du compétiteur d’en face, mais les temps ont changé, tout comme les besoins et les préoccupations des entrepreneurs. Dans un marché branché sur le monde, les entreprises sont non seulement conscientes de leurs compétiteurs mais elles se doivent de faire concurrence à l’échelle mondiale.

Certaines parties du monde, notamment l’Asie et l’Amérique du Sud, ont des coûts inférieurs pour ce qui est de la main-d’œuvre, des matériaux et de la production. Bien que des compétences administratives dans le sud-ouest des États-Unis offrent souvent des mesures incitatives sous forme d’allégements fiscaux ou de financement initial, un grand nombre parmi elles dépendent des centrales de charbon pour leur propre alimentation, ce qui réduit les coûts énergétiques mais au détriment d’énormes coûts environnementaux. C’est ce à quoi les entreprises au Canada doivent faire face et il n’est pas facile de se livrer à cette vive concurrence.

Le gouvernement de l’Ontario comprend les défis auxquels sont confrontées les entreprises. C’est pourquoi il offre de faibles taux d’imposition des sociétés et de nombreux programmes sociaux comme des soins de santé publique et des services d’éducation publique de qualité, ce qui peut susciter les entreprises et leurs employés à s’installer dans cette province. Malgré tout, les coûts énergétiques à la hausse minaient les profits des entreprises, particulièrement dans le secteur de la fabrication, dont un grand nombre de ces entreprises sont situées dans le sud-ouest de l’Ontario, une région particulièrement touchée par la récession mondiale de 2008.

Les entreprises et leurs associations ont demandé de l’aide au gouvernement. Le gouvernement de Wynne a su écouter et agir en conséquence. Le plan ontarien pour des frais d’électricité équitables offre une réduction de 25 % aux clients résidentiels et aux petites entreprises. Il prévoit également une réduction pour les entreprises industrielles. L’initiative d’économies d’énergie en milieu industriel encourage fortement les grands consommateurs d’électricité à déplacer leur consommation d’électricité à des périodes creuses lorsque la demande est basse en vue de réduire leurs factures d’environ un tiers. Il s’agit là d’investissements importants qui aident les sociétés à maintenir la place qu’elles occupent au Canada, tout en livrant concurrence sur le marché mondial.

“Governments and businesses should engage in meaningful interaction.”

« Les gouvernements et les entreprises devraient s’engager dans un dialogue constructif ».

Ainsi, quels autres gestes les gouvernements peuvent-ils poser pour offrir des solutions énergétiques abordables aux entreprises en activité au Canada? En premier lieu, ils devraient écouter les entreprises. En tant qu’employeurs et pierre angulaire de l’économie, les entreprises sont les premières à ressentir les changements sur le plan des tendances mondiales et peuvent attester dans quelle mesure l’économie se porte. Les entreprises peuvent fournir une rétroaction en temps réel sur le bon fonctionnement, ou non, des politiques gouvernementales.

En deuxième lieu, les gouvernements et les entreprises devraient s’engager dans un dialogue constructif puisque comme la première ministre Kathleen Wynne a récemment mentionné à l’assemblée générale annuelle de 2017 de la Chambre du commerce de l’Ontario, les entreprises créent des emplois  et elles sont la pierre angulaire de l’économie. Les gouvernements devraient être prêts à établir et à mettre en  place des politiques propices au commerce comme des taux d’imposition des sociétés concurrentiels et des prix équitables en matière d’énergie puisque notre pays est mieux positionné pour livrer concurrence lorsque ses entreprises et ses habitants se portent bien.

Gabriela Gonzales est consultante chez Crestview Strategy. Avant de joindre l’équipe de Crestview, Gabriela a travaillé à Queen’s Park pendant quatre ans et elle a longtemps été organisatrice pour le parti libéral. Plus récemment, elle a travaillé à titre de conseillère principale en communications et opérations pour le ministre du Développement économique et de la croissance de lOntario. Gabriela détient un baccalauréat spécialisé en sciences politiques et en psychologie de l’université York et une maîtrise bilingue (anglais/français) de l’École des Affaires publiques et internationales de Glendon.


KATHLEEN MONK

PAR KATHLEEN MONK

Je doute que les entreprises fuient le Canada pour l’Amérique de Donald Trump. Je dirais plutôt que les entreprises sont préoccupées par ce qui se passe aux États-Unis en ce moment et que l’incertitude n’attire pas les investissements. Bien que plusieurs médias aient proclamé que des entreprises contemplaient de faire le saut, notamment dans la province de l’Ontario, je ne suis pas certaine qu’on a de solides preuves à cet égard. Un examen des titres des médias révèle quelques articles au sujet de Leland Industries, un fabricant de pièces d’attache, qui a déclaré l’an dernier qu’il contemplait prendre de l’expansion en Illinois. Le président de l’entreprise a avancé que les coûts énergétiques élevés rendaient la production en Ontario non compétitive. Mais pour tout ce qui a été écrit à ce sujet, un rapide coup d’oeil au site Web de Leland démontre clairement que son siège social (qui s’est agrandi récemment) est toujours situé à Toronto.

Je ne délégitimise en aucune façon les préoccupations bien réelles concernant le coût élevé de l’électricité en Ontario soulevées par les entreprises et les citoyens. Bien au contraire. La frustration que ressentent les Ontariens est palpable. Elle a pris une telle importance qu’elle a entraîné la création d’une multitude d’organismes de pression, comme la « People’s Hydro Coalition », « Take Back your Power Ontario », ainsi que la Coalition des manufacturiers inquiets.

Pour ce qui est des coûts énergétiques de nombreuses petites et moyennes entreprises, notamment les divers frais de livraison et ceux liés au règlement d’une dette, ils représentent un poids énorme! Depuis 2010 et l’introduction de compteurs intelligents en Ontario, la période de pointe au cours des heures de bureau normales a entraîné une hausse des coûts d’électricité de 81 % à 18 cents le kilowattheure.

"Businesses are best served by a stable and predictable environment where companies can plan, invest and grow."

« Les entreprises réussissent mieux dans un environnement stable et prévisible où elles peuvent prévoir, investir et croître ».

Mais en politique tout comme en affaires, une philosophie prévaut : celle qui consiste à éviter les surprises. Ainsi, à la question à savoir ce que les gouvernements devraient faire pour offrir des solutions énergétiques abordables afin que les entreprises puissent continuer à exercer leurs activités au Canada, les décideurs et les représentants élus doivent se souvenir de cette règle fondamentale : personne n’aime être désagréablement surpris.

Les entreprises réussissent mieux dans un environnement stable et prévisible où elles peuvent prévoir, investir et croître. Le milieu des affaires comprend que l’univers se dirige vers une économie à faibles émissions de carbone; toutefois, pour prendre part à cette économie et réussir au sein de cette dernière, les entreprises ont besoin de précisions sur la réglementation et la tarification du carbone. Certaines industries grandes consommatrices d’énergie pourraient avoir besoin de plus de soutien à la transition vers l’économie à faibles émissions de carbone, tout comme les travailleurs doivent avoir droit à une transition équitable. Le gouvernement doit montrer l’exemple en offrant des mesures incitatives et du soutien pour encourager la transition et réduire les iniquités. Mais surtout, les gouvernements doivent offrir une vision à long terme qui permet aux Canadiens de tirer profit de notre richesse que sont les ressources naturelles, en créant des emplois répondant aux besoins des familles à mesure que nous évoluons vers un avenir à faible empreinte de carbone.

Kathleen Monk est directrice à Earnscliffe, où les leaders canadiens ont confiance en sa capacité à traiter des enjeux complexes de stratégie publique, à élaborer des stratégies et à réunir divers intervenants pour raconter de véritables histoires de succès. Elle fait régulièrement partie du principal panel de commentateurs politiques The Insiders de l’émission The National de la CBC, et fournit des analyses dans le cadre de l’émission Power and Politics sur CBC News Network.