L’importance du développement des collectivités rurales et éloignées : une entrevue avec l’honorable Bob Nault

L’honorable Bob Nault. Photo de la part du bureau de Bob Nault.

L’honorable Bob Nault est un député de la circonscription de Kenora, en Ontario, où il dessert 53 collectivités, dont 42 Premières Nations, 20 d’entre elles étant éloignées et accessibles uniquement par avion. Il a été élu pour la première fois à la Chambre des communes comme député de Kenora-Rainy River en 1988. Après les élections de 1988, M. Nault s’est présenté avec succès aux élections fédérales de 1993, 1997 et 2000 avant de faire une pause et de travailler dans le secteur privé. Aux élections fédérales de 2015, M. Nault a été élu pour un 5e mandat.

Kenora est l’une des plus grandes circonscriptions géographiques du pays et représente le tiers de la masse terrestre de l’Ontario. Dans cette région, il y a de plus en plus de possibilités industrielles et minières qui procureraient d’importants avantages économiques aux collectivités de la circonscription de M. Nault. En tant que membre principal du caucus libéral rural à l’échelon fédéral, il s’attache au développement de régions rurales prospères et compétitives à travers le pays. En octobre dernier, j’ai eu le privilège de discuter avec lui pour connaître son point de vue sur la façon dont l’expansion du réseau de distribution du gaz naturel pourrait aider les régions rurales et du Nord du Canada. 

Tim : À titre de député, vous avez acquis beaucoup d’expérience, notamment lorsque vous étiez ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien au Cabinet du premier ministre Jean Chrétien, de 1999 à 2003. Qu’avez-vous appris au cours de votre mandat à la Chambre des communes et qu’est-ce que cela signifie pour vous au moment des prochaines élections?

Nault : Je pense que le programme du gouvernement continuera de mettre l’accent sur l’édification de l’économie pour les Canadiens. Nous avons travaillé très fort pour mettre en place les bonnes initiatives, y compris de grands programmes d’infrastructure et des politiques misant sur une faible émission de carbone, pour y parvenir. Au début de cette élection, l’accent sera mis sur l’élaboration d’une stratégie de développement économique soucieuse de l’environnement.

Cela dit, c’est le moment opportun pour nous de discuter de ce que cela signifie et de ce qu’il faudra pour y arriver. Du point de vue d’un député rural, j’ai toujours été d’avis que, pour que les Canadiens qui vivent dans les régions rurales continuent d’y vivre et de prospérer, nous devrons mettre en place des politiques précises, comme un soutien au gaz naturel et à son expansion. Il y a deux raisons importantes pour lesquelles nous voulons le faire.

D’abord et avant tout, parce qu’il s’agit d’une solution de rechange à faible teneur en carbone par rapport aux autres sources d’énergie actuellement en place. Deuxièmement, parce que les coûts énergétiques sont très élevés dans les régions nordiques et rurales et que le gaz naturel offre une solution de rechange beaucoup plus abordable. Si l’on veut que les entreprises et les fabricants construisent dans le Nord, il faut leur donner accès à une source d’énergie concurrentielle qui soit propre, abordable, fiable et sûre. Le caucus libéral rural veut s’assurer que le gouvernement reconnaît qu’il existe des possibilités dans le Nord et dans les régions rurales du Canada. En travaillant à l’expansion de la livraison du gaz naturel, nous nous assurons que ces occasions ne sont pas perdues.

Tim : Pensez-vous que vos électeurs ont une idée des possibilités qu’offre le gaz naturel? Avez-vous l’impression qu’il y a une demande ou des souhaits à cet égard?

Nault : Au cours des entretiens que j’ai eus avec un certain nombre de municipalités, tant des dirigeants que des membres de la collectivité, beaucoup se demandaient pourquoi il n’y a pas plus d’expansion de l’infrastructure du gaz naturel dans leur région. Je ne crois pas que ce soit propre à ma circonscription, mais il y en a d’autres exemples dans l’ensemble du pays. L’été dernier, nous avons organisé une retraite pour les députés des régions rurales, et tous les participants s’entendaient pour dire qu’il existe une volonté de travailler avec vous (l’ACG) et vos membres/entreprises dans les régions du Canada pour étendre les réseaux de gaz naturel.

La question est de savoir comment y parvenir sur le plan économique. Bien sûr, il y a de la demande et de l’intérêt, mais les résidants du Nord et les Canadiens des régions rurales savent qu’il s’agit toujours d’une proposition un peu difficile parce que les modèles de financement ne semblent jamais correspondre à des régions géographiques aussi rares et vastes que la nôtre. Si l’industrie gazière peut nous aider à y parvenir d’une manière économique et durable sur le plan environnemental, je pense que nous commencerons à observer une croissance plus marquée dans la région.

Tim : Vous avez mentionné dès le départ que votre gouvernement a mis sur pied un programme environnemental et un programme économique. Avez-vous parfois l’impression qu’il existe des frictions entre les deux? Avez-vous l’impression que vos collègues du gouvernement sont conscients de la proposition de valeur que vous voyez, et qu’on comprend que le gaz naturel peut vraiment faire partie de la solution?

« Au cours des entretiens que j’ai eus avec un certain nombre de municipalités, tant des dirigeants que des membres de la collectivité, beaucoup se demandaient pourquoi il n’y a pas plus d’expansion de l’infrastructure du gaz naturel dans leur région ».

Nault : Je crois qu’ils comprennent bien la question. Le véritable enjeu politique de ces discussions est, à mon avis, la question de savoir quelle juridiction est la mieux placée pour faire progresser les projets. Par exemple, en Ontario, la province a offert du financement pour un programme d’agrandissement de gazoduc. D’un point de vue fédéral, on peut avoir l’impression que ce n’est pas notre compétence, que c’est celle de la province et qu’elle devrait prendre l’initiative. C’est peut-être la bonne façon d’aborder la question, mais du point de vue de la politique, ce que je préconise, c’est que l’expansion des gazoducs soit quand même intégrée à nos principaux programmes fédéraux d’infrastructure. Cela permettrait à chaque province d’établir ses propres priorités et, si l’expansion des gazoducs dans les collectivités rurales et éloignées figure parmi ces priorités, elle pourrait obtenir un appui. Nous n’enlèverions pas le pouvoir juridictionnel qui existe sur le plan constitutionnel, nous n’essayons pas de changer cela. Ce que nous essayons de faire, c’est de mettre en place de plus grandes possibilités pour les gens de prendre des décisions dans différents domaines. Je crois que les projets d’expansion du gaz naturel devraient faire partie d’un programme plus vaste.

Tim : Y a-t-il d’autres mesures que nous devrions prendre en tant qu’industrie pour faire avancer cette idée? Devrions-nous faire davantage pour nous assurer que, lorsque vous examinez les investissements dans l’infrastructure, le gaz naturel figure sur la liste?

Nault : Je pense que nous pouvons tous mieux présenter les arguments en jeu. Je fais la promotion de l’expansion du réseau de gaz naturel dans la région de Sioux Lookout, en Ontario, pour les résidents de cette région qui veulent y recourir pour le chauffage, mais aussi parce qu’il y a trois ou quatre possibilités minières dans cette région. À mon avis, il est beaucoup plus facile de développer un grand projet minier ou manufacturier si la modélisation des coûts inclut une énergie plus abordable.

Je crois que le gaz naturel procure des avantages à la fois économiques et environnementaux pour répondre aux besoins énergétiques de ces projets et de nos collectivités. Toutefois, il est important que nous le fassions valoir dès le début, et non après l’achèvement de la proposition. Il est évident que les possibilités d’exploitation minière dans le Nord-Ouest de l’Ontario sont importantes. En Ontario, on met beaucoup l’accent sur le cercle de feu, mais je crois comprendre que les possibilités s’étendent à l’ensemble du Nord, ce qui offre des retombées économiques importantes pour la province et le pays dans son ensemble. Comme je l’ai déjà dit, je pense que nous pouvons tous mieux faire valoir ces arguments.

Tim : Comme vous le savez, il y a des circonscriptions semblables à la vôtre d’un bout à l’autre du pays qui offrent des conditions et des possibilités similaires. Est-ce qu’une collaboration multipartite serait envisageable pour aider à développer l’infrastructure partout au Canada, indépendamment du fait qu’elle touche une circonscription détenue par un député libéral, conservateur, néo-démocrate ou autre? Vous croyez qu’on devrait travailler davantage là-dessus?

Nault : Je définirais certainement ces types de conversations comme étant non partisanes. À mon avis, il s’agit davantage d’une question de choix rural ou urbain, parce que les députés urbains ont souvent beaucoup d’influence. Je pense que toutes les circonscriptions rurales doivent relever les mêmes défis que la mienne. Il est difficile de faire connaître nos initiatives parce que nous sommes un petit groupe; je crois que les députés des régions rurales de tous les partis à la Chambre cherchent à faire croître leur économie pour s’assurer que nous construisions pour l’avenir et que nous ayons accès à un meilleur approvisionnement énergétique. La clé sera l’accès aux bonnes sources d’énergie.

Les propriétaires de maisons dans les régions rurales du Canada vous diront que leur plus grande préoccupation concerne les coûts de chauffage de leur résidence. Les coûts élevés de l’énergie désavantagent les Canadiens des régions rurales à plusieurs égards. Notre objectif est de veiller à être aussi compétitifs que possible. Mais pour y parvenir, nous devons convaincre les décideurs qu’au moment de définir de nouvelles stratégies pour le Nord, une approche universelle n’est pas nécessairement la voie à suivre. Nous sommes différents et uniques. Nous avons des domaines qui peuvent coûter plus cher à développer, mais cela ne signifie pas que le développement et la prospérité ne peuvent être atteints. Il suffit de penser à la route transcanadienne ou aux principaux pipelines qui traversent le pays. Si nous adoptions une approche étroite à l’égard de ces projets au moment de leur élaboration, nous n’aurions pas l’infrastructure dont nous disposons aujourd’hui. Pour ce qui est de la stratégie d’orientation globale, je dirais qu’une partie du défi réside dans le fait que nous n’avons pas de ministre fédéral du Développement rural et que, pour cette raison, je crois que nos enjeux ne font pas l’objet de débats ou de discussions autant qu’ils le devraient. Par le passé, nous avons eu des ministres des Affaires rurales, mais pas un seul avec un portefeuille autonome. Je pense que si l’on souhaite miser sur le développement des régions rurales du Canada et sur l’infrastructure nécessaire pour ces régions, il serait important d’avoir quelqu’un qui s’occupe de ces questions.

« Je crois que le gaz naturel procure des avantages à la fois économiques et environnementaux pour répondre aux besoins énergétiques de ces projets et de nos collectivités ».

Tim : Pendant votre mandat au Cabinet, vous avez été responsable des affaires autochtones. Nous parlons souvent des défis du Canada rural, qui sont encore plus criants dans les collectivités autochtones. Avez-vous des commentaires sur les répercussions de l’expansion du système énergétique sur ces collectivités?

Nault : En tant que député représentant 42 collectivités des Premières Nations de ma circonscription, dont beaucoup n’ont pas accès au gaz naturel même si elles sont situées à proximité d’une collectivité qui dispose de cette source d’énergie, je considère cela comme une priorité importante. Ces collectivités dépendent de formes d’énergie plus émettrices et plus coûteuses pour répondre à leurs besoins quotidiens. Je pense qu’un soutien est nécessaire pour leur permettre d’accéder à un approvisionnement énergétique plus fiable et plus abordable. L’appui du gouvernement fédéral à l’infrastructure de gaz naturel ferait une grande différence dans la qualité de vie des résidents des Premières Nations qui sont aux prises avec des coûts énergétiques élevés. Les Canadiens du Nord et les collectivités des Premières Nations ne veulent pas être laissés pour compte, nous voulons faire partie de l’économie. Nous ne voulons pas voir nos enfants déménager. Nous voulons qu’ils aient des possibilités d’emploi dans nos collectivités, mais nous avons besoin d’une infrastructure de base pour les assurer, et je pense que l’accès au gaz naturel y joue un rôle important.

Tim : Quelques dernières réflexions?

Nault : Compte tenu de la discussion que nous avons ici aujourd’hui et des conversations que nous avons eues au cours de la dernière année avec le caucus rural, je vous recommande fortement, à vous et à vos membres, d’envisager aborder ces dossiers avec les dirigeants provinciaux. Je crois qu’il est important que tous soient au courant du dialogue qui se déroule au niveau fédéral et de l’appui des députés qui croient qu’il est temps d’aller de l’avant avec des projets énergétiques importants pour l’avancement de notre pays. Le développement de l’infrastructure du gaz naturel dans le Nord et dans les régions rurales du Canada est une bonne occasion d’y parvenir; il nous suffit de mettre en place les paramètres stratégiques voulus aux deux ordres de gouvernement pour nous aider à faire avancer ce travail dans la bonne direction.