Le secteur canadien de l’énergie et du rôle que l’industrie de la distribution du gaz naturel : notre entrevue avec Kim Rudd

Kim Rudd, secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles (RNCan) et députée pour la région de Northumberland Peterborough-Sud (Ont.) nous a accordé du temps récemment pour discuter du secteur canadien de lénergie et du rôle que lindustrie de la distribution du gaz naturel jouera dans lavenir énergétique du Canada. Voici un extrait de cette conversation.

Photo de la part du bureau de la députée Kim Rudd.

1. La prochaine élection fédérale aura lieu dans un peu plus dun an, que pouvez-vous nous dire sur les priorités du gouvernement pour le reste de son mandat?

Le récent Congrès libéral national de 2018 a donné lieu à de nombreuses discussions sur les programmes et les politiques que nous avons mis en place, comme l’Allocation canadienne aux enfants et le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Ces deux derniers ont une très grande incidence sur les communautés du Canada.

Bon nombre de discussions ont également porté sur le secteur des ressources naturelles. Par exemple, l’approbation des pipelines, le projet de loi C-69 – la loi visant à voir à ce que les bons projets aillent de l’avant en temps opportun et de façon efficace tout en protégeant l’environnement et à assurer une gestion efficace avec les communautés autochtones, métisses et inuites. Beaucoup d’autres questions à aborder n’ont pas encore été déterminées selon les conversations que nous avons eues.

Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour assurer la croissance de notre économie, la croissance de la classe moyenne et, bien sûr, l’augmentation de nos débouchés commerciaux. Notre économie est extrêmement intégrée, et c’est pourquoi l’acheminement de nos ressources vers un marché viable fait partie de cette occasion de développement commercial et économique.

2. Les technologies propres sont une priorité de premier plan pour lindustrie de la distribution du gaz naturel. Notre industrie a créé le fonds Gaz naturel financement innovation pour favoriser linvestissement dans les technologies propres pour le gaz naturel. Le fonds a pour but de faire du Canada le foyer mondial de linnovation où les entreprises de technologies propres pour le gaz naturel peuvent tirer profit des avantages dun gaz propre et abordable et créer de nouveaux emplois, attirer des investisseurs et accroître les exportations. Que croyez-vous que nos prochaines étapes avec le gouvernement devraient être pour concrétiser cette vision?

L’une des choses que fait notre gouvernement est d’activer l’écosystème d’innovation en incitant les entreprises dans l’ensemble du spectre des ressources naturelles à déterminer les occasions qui permettront d’améliorer la productivité, de favoriser les pratiques durables et de réduire les émissions. À mon avis, le gouvernement fédéral, ainsi que les provinces et les territoires, les associations de l’industrie et l’industrie doivent s’engager à travailler ensemble en vue d’accélérer le développement et la commercialisation des technologies énergétiques propres et novatrices à l’appui de ces objectifs. Nous savons tous que le gaz naturel jouera un rôle essentiel.

« Le gaz naturel jouera un rôle essentiel ».

3. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur le plan du gouvernement concernant la Stratégie canadienne de lénergie? Comment soutiendra-t-elle lindustrie canadienne du gaz naturel?

La Stratégie canadienne de l’énergie soutient le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques. Lorsque nous, les ministres de partout au pays, travaillons ensemble, nous parlons de différentes choses et nous convenons de travailler sur nombre de celles-ci, par exemple, l’efficacité énergétique et l’infrastructure d’énergie, que nous continuons de voir comme de très importants éléments de notre Stratégie canadienne de l’énergie. Nous discutons aussi de l’importance qui doit être accordée à la technologie et à l’innovation en matière d’énergie, à la réduction des émissions et à la collaboration internationale.

À l’occasion de la conférence des ministres de l’Énergie et des Mines l’an dernier, les ministres ont approuvé une étude sur le rôle du gaz naturel dans une filière énergétique à plus faibles émissions. Nous avons décidé d’explorer de possibles contributions pour le gaz naturel traditionnel et le gaz naturel renouvelable (GNR) au Canada. Ces deux ressources sont extrêmement importantes, et nous sommes à évaluer la possibilité que le gaz naturel remplace les sources énergétiques à émissions plus élevées dans des utilisations finales particulières comme la production d’électricité, le transport et le chauffage local.

Je devrais mentionner Génération Énergie, une initiative que nous avons lancée afin d’engager une discussion à grande échelle sur ce à quoi devrait ressembler la filière énergétique du Canada en 2050. Dans le cadre de celle-ci, nous avons recueilli des commentaires de plus de 380 000 Canadiens – dont de parties intéressées, de l’industrie, de femmes, de jeunes, de communautés autochtones – et l’un des principaux thèmes à ressortir de ces discussions a été que la technologie et l’innovation sont au cœur de tout. La prochaine étape consiste à produire un rapport sur les conclusions de ce que nous avons entendu. Nous attendons ce rapport en juin. L’Association canadienne du gaz et le secteur du gaz naturel ont contribué à cette discussion et joué un rôle très important dans ce processus. Je crois qu’on entendra beaucoup parler de ce rapport à la prochaine conférence des ministres de l’Énergie et des Mines en août à Iqaluit.

4. La stratégie du gouvernement du Canada pour la suppression du diesel dans le Nord canadien a largement porté sur les énergies renouvelables. Toutefois, bon nombre soutiennent y compris les dirigeants du Nord que les énergies renouvelables traditionnelles à elles seules ne peuvent pas répondre aux besoins en énergie des communautés et de lindustrie dans le Nord canadien. Selon vous, comment RNCan peut-il travailler avec lindustrie au déploiement des projets de GNL pour les communautés du Nord et éloignées?

Je suis allé au Nunavut, et au Labrador ainsi que dans d’autres régions du Canada où le programme de suppression du diesel est essentiel pour améliorer la qualité de vie et ouvrir la voie à des occasions de développement économique qui ne peuvent être réalisées en ce moment en raison de la dépendance à l’énergie diesel. Nous comprenons que le diesel n’est pas la source de combustible la plus propre ni la plus efficace et que le gaz naturel est bien plus efficace et plus propre pour ces communautés. Ce que nous considérons comme une priorité pour le Nord est de réduire la dépendance au diesel. En fait, il y a d’importants montants d’argent dans le programme de suppression du diesel et d’autres secteurs d’innovation qui répondent à cela. L’encouragement de l’efficacité énergétique permettra également de réduire la dépendance aux carburants diesels. Il y a des obstacles techniques et économiques, ainsi qu’en matière de politique de réglementation, qui ramènent tous à votre question à savoir à quoi cela ressemble et si le gaz naturel fait partie de cette conversation. Je dirais que les énergies renouvelables traditionnelles, dans le contexte où nous nous trouvons en ce moment, ne peuvent le faire à elles seules. Il est donc sensé pour nous de chercher des partenaires pour les énergies renouvelables dans le Nord, comme les modèles de cogénération, le biogaz ou le GNR. Il y a différentes façons de voir cela, mais il est aussi important de se rappeler qu’il n’y a pas deux communautés qui sont identiques et que la géographie aura une incidence sur notre façon d’appuyer la stratégie de suppression du diesel dans ces communautés.

Les dirigeants autochtones dans le Nord voient le gaz naturel comme une solution prometteuse. Ils savent que le solaire n’est pas une option pour leurs communautés parce que le soleil n’y est pas pendant la moitié de l’année. Toutefois, les dirigeants soulignent qu’ils sont assis sur de grandes réserves de gaz et qu’il serait possible d’en tirer profit dans l’avenir.

Nous devons donc regarder tout cela et reconnaître que nous ne serons pas en mesure de tout faire pour demain, comprendre qu’il faudra peut-être des années pour développer des réserves de gaz naturel comme celles dans le Nord, mais nous devrions voir à quoi ressembleront les transitions à ces occasions.

« Nous comprenons que le diesel n’est pas la source de combustible la plus propre ni la plus efficace et que le gaz naturel est bien plus efficace et plus propre pour les communautés du Nord et éloignées ».

Le Défi pour une économie à faibles émissions de carbone d’Environnement de Changement climatique Canada peut également soutenir la transition de carburant, ce qui a été fait dans certaines communautés, soit du diesel au gaz naturel. Je m’attends à d’autres réalisations du genre.

J’aimerais également mentionner le fonds pour l’énergie dans l’Arctique qui est géré par Infrastructure Canada, et qui est en cours de négociation avec les gouvernements territoriaux. Il concerne la sécurité de l’énergie dans le Nord et pourrait certainement comprendre des options de gaz naturel.

Lorsque les ministres de l’Énergie et des Mines se rencontreront à Iqaluit en août, ils auront déjà pris l’engagement de poursuivre les études sur ce qui fait obstacle à l’investissement dans les secteurs du pétrole et du gaz naturel pour voir à ce que nous saisissions ces occasions, tant pour développer notre économie que pour réduire nos émissions.

Par ailleurs, RNCan a entrepris une étude plus approfondie du rôle du GNL dans les communautés du Nord et éloignées.

5 .Partout dans le pays, un immense intérêt a été manifesté pour faire avancer les « approvisionnements en gaz vert », comme le gaz naturel renouvelable et lhydrogène renouvelable afin daméliorer la performance environnementale du gaz naturel. Selon vous, quelles seraient les prochaines grandes étapes à réaliser pour faire du Canada un chef de file dans la production de gaz renouvelable?

En vertu de la norme sur les combustibles propres, l’« approvisionnement en gaz vert » comme le GNL et l’hydrogène sera l’une de plusieurs options qui seront utilisées pour le transport, la construction et l’industrie. Je crois que cette norme stimulera d’autant plus l’innovation et augmentera l’investissement en vue de contribuer à l’accroissement de la demande en GNR partout au pays.

Nous avons effectivement une abondance de ressources naturelles dans ce pays et une variété de matières premières, y compris mon comté, à l’est de Peterborough, où des travaux sont en cours à cet effet. Les possibilités qu’offrent la forêt et l’agriculture et le savoir technologique sont assez remarquables. Il y a vingt ans, nous ne pensions pas vraiment que cela (la production de GNR et de biomasse) était possible, mais nous avons fait beaucoup de chemin en très peu de temps. Nous devons rester flexibles dans nos réflexions à propos des possibilités pour l’avenir.

Pour être un chef de file mondial dans la production de GNR, il sera essentiel pour nous d’établir la production dans des endroits stratégiques. Étant donné que diverses utilisations finales se feront concurrence pour la même matière première, il sera important pour nous d’être stratégiques dans notre choix de l’endroit où placer ces installations.

RNCan a entrepris une étude pour qualifier le stock intérieur de matières premières de la biomasse et déterminer comment ces divers stocks de matières premières peuvent être utilisés pour produire des combustibles comme du GNR. De notre point de vue, compte tenu de ce que nous croyons être les investissements, l’innovation, l’expertise croissante et la demande en gaz plus vert à venir, le Canada aura la possibilité de consolider son rôle de chef de file dans la bio-économie. La situation sera bien différente d’un endroit à l’autre du pays en fonction de l’accès aux matières premières et des possibilités de développer cette option particulière pour les combustibles.

Il ne faudrait pas oublier de mentionner les possibilités économiques et les avantages collatéraux pour nos communautés rurales du Canada, étant donné que c’est là que se trouvent nos stocks de matières premières, et c’est là que nous tentons d’abandonner le diesel. Le travail accompli par votre association, vos membres et d’autres parties pour assurer la réalisation des possibilités du GNR aura des retombées économiques.

En tant qu’industrie, vous avez été très proactifs dans ce domaine et vous avez une cible volontaire de 5 % de GNR dans vos réseaux d’ici 2025. Ce sont les industries qui se dépassent, comme la vôtre, qui aideront le Canada à tirer le meilleur des occasions qui se présentent dans les marchés internationaux et intérieurs.

6. Dans les années 1980 et 1990, un soutien fédéral a été offert afin de raccorder des communautés rurales au réseau de gaz naturel. Aujourdhui, des millions de Canadiens vivant en milieu rural nont toujours pas accès au gaz naturel et ont donc recours à des sources à coûts plus élevés et à plus fortes émissions. À quoi ressemble le paysage en matière de politique énergétique pour les Canadiens vivant en milieu rural et y a-t-il des façons détablir des partenariats afin damener linfrastructure de gaz naturel tant convoitée dans ces communautés?

Toute initiative de votre part pour amener le gaz naturel dans mon comté ou dans nombre d’autres comtés ruraux au pays est grandement appréciée. Je sais que cela pose un défi de taille. Les communautés rurales font face à de nombreux défis pour avoir accès aux services que les personnes en milieux urbains tiennent pour acquis. L’offre d’une variété d’options ouvre la voie à la concurrence et aide à réduire les prix. Les personnes vivant dans des régions agricoles se sont montrées très innovatrices en ce qui concerne l’utilisation de nombre de choses, que ce soit les engrais, l’énergie, l’eau. Nous avons tendance à oublier que les personnes vivant dans des centres ruraux et agricoles sont souvent les premières à s’adapter aux innovations.

Pour ce qui est du gaz naturel, il a fait une grande différence dans les communautés rurales qui ont été en mesure d’y accéder parce qu’il est fiable et abordable. En tant que gouvernement, nous sommes conscients que pour les communautés rurales et éloignées, le fait que le gaz naturel soit abordable, fiable et sûr joue un grand rôle dans leur croissance durable.

Le gaz naturel occupe également une place importante dans les différentes sources d’électricité du Canada. Bon nombre des programmes en place comprennent une collaboration avec le secteur privé pour développer l’infrastructure énergétique nécessaire ou pour donner la priorité à l’infrastructure. Comme vous le savez, en 2017 la province de l’Ontario a mis sur pied un programme de subvention de 100 millions de dollars pour le gaz naturel afin de contribuer au prolongement de l’infrastructure vers un plus grand nombre de communautés en Ontario, ce qui a très bien été accueilli.

Au niveau fédéral, nous investissons dans l’infrastructure du Canada de plusieurs façons, avec des investissements particuliers dans différents programmes qui pourraient apporter un soutien indirect au prolongement de l’infrastructure de gaz naturel vers les communautés éloignées.

Il y a aussi 22 milliards de dollars sur 11 ans pour appuyer les projets d’infrastructure verte et stimuler la croissance écologique.

Nous établissons également la Banque de l’infrastructure du Canada, qui sera un autre véhicule pour permettre aux provinces et aux territoires d’obtenir des capitaux et d’attirer des investisseurs pour l’infrastructure dont on a tant besoin.

7. Autres choses à souligner?

Comme je l’ai déjà mentionné, ce dont il s’agit vraiment c’est d’avoir différents ordres de gouvernement et l’industrie qui travaillent ensemble en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer l’accès à des sources d’énergie propre. Nous devrons faire preuve de créativité dans nos réflexions quant à savoir comment nous devrons relever certains de nos défis, étant donné qu’une partie du travail que nous devrons accomplir sera ardue, mais il y a une volonté de travailler ensemble. Tous ne partagent pas notre vision pour le Canada et il y aura des détracteurs alors que nous travaillerons à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, à imposer un prix sur la pollution par le carbone, etc. Mais, je dois vous dire qu’en tant que pays affichant le plus bas ratio dette-PIB et le plus rapide taux de croissance économique au sein du G7, ayant créé 600 000 emplois en deux ans et demi et présentant le plus bas taux de chômage depuis 40 ans, nous sommes à un endroit qui nous dit que vous pouvez faire croître votre économie, amener vos ressources dans les marchés internationaux et protéger l’environnement, tout en améliorant la qualité de vie et les possibilités qui s’offrent aux communautés de partout au pays. Il s’agit d’une approche intégrée qui fonctionne.