Comment bâtir de meilleures infrastructures dans les collectivités de partout au Canada : Une entrevue avec l’honorable Amarjeet Sohi

The Hounarable Amarjeet Sohi, Minister of Infrastructure. Image courtesy office of Minister Sohi’s office.

L’honorable Amarjeet Sohi, ministre d’Infrastructure Canada. Image de la part du bureau du Ministre Sohi.

Le réseau complexe d’infrastructures du Canada nous permet de transporter les gens, les biens et les services en toute facilité. Il achemine de l’eau potable propre vers nos foyers, crée des espaces propices aux loisirs et aux activités et fournit aux Canadiens des services énergétiques fiables et sécuritaires pour chauffer et alimenter nos maisons, nos entreprises et nos institutions. L’infrastructure qui compose notre pays dote le Canada d’un niveau de vie parmi les plus élevés au monde. Il reste toutefois que la complexité de nos systèmes doit être entretenue et améliorée afin que nous puissions continuer de bénéficier de ces services. Le gouvernement du Canada travaille à bâtir de meilleures infrastructures dans les collectivités de partout au Canada. Ces projets contribueront à la croissance économique à long terme de notre pays, à la création d’emplois et à la réduction des émissions. Plus tôt cet été, j’ai eu l’occasion de discuter avec l’honorable Amarjeet Sohi, ministre d’Infrastructure Canada, au sujet des priorités gouvernementales relativement à ce dossier et de la manière dont l’industrie d’approvisionnement en gaz naturel peut contribuer à atteindre ce but. Voici les points saillants de cette conversation.

Timothy Egan : L’innovation est une priorité absolue pour votre gouvernement et pour notre industrie. En fait, nous travaillons de concert sur plusieurs fronts, particulièrement avec votre collègue, le ministre Carr, et son ministère. Nous sommes d’abord et avant tout une industrie axée sur l’infrastructure, du fait que nous disposons de près de 500 000 km d’infrastructure souterraine dans tout le pays que nous travaillons sans cesse à mettre à niveau. Quelles sont les occasions qui s’offrent à nous de travailler plus étroitement avec votre ministère relativement à ce dossier des infrastructures?

Ministre Sohi : L’accent que nous mettons sur l’investissement dans l’infrastructure contribue à développer et à renforcer l’infrastructure municipale et provinciale, au niveau même de la collectivité, du fait qu’elle joue un rôle essentiel pour la croissance économique, qu’elle se rattache à nos efforts pour bâtir une économie forte et une classe moyenne forte, et fournit des possibilités pour les Canadiens qui souhaitent faire partie de la classe moyenne. Je crois que c’est là où les efforts que vous déployez s’harmonisent avec les activités gouvernementales. L’autre point à surveiller, lorsque nous parlons d’innovation, à mon avis, c’est qu’il s’agit de trouver de nouvelles façons de résoudre de vieux problèmes, ou de créer des conditions où votre main-d’œuvre ou vos employés qui travaillent avec d’autres entreprises ou au sein d’autres ministères ressentent qu’ils peuvent penser de façon novatrice, sortir des sentiers battus et chercher des solutions créatrices aux problèmes. Je dirais que l’industrie est le chef de file dans ce domaine; le gouvernement est en voie de la rejoindre. Par exemple, le Défi des villes intelligentes et la Banque de l’infrastructure du Canada sont deux outils novateurs pour lesquels la technologie utilisée optimise l’infrastructure existante ou contribue à en bâtir de nouvelles qui soutiendront la croissance.

“The emphasis that we have put on infrastructure investment is building and re-building community based municipal and provincial infrastructure given how critical it is for economic growth.”

« L’accent que nous mettons sur l’investissement dans l’infrastructure contribue à développer et à renforcer l’infrastructure municipale et provinciale, au niveau même de la collectivité, du fait qu’elle joue un rôle essentiel pour la croissance économique ».

Timothy Egan : L’innovation est au premier plan de notre industrie, et l’un des principaux points que nous aimerions faire valoir est que notre infrastructure est particulièrement abordable; or, pour la conserver ainsi, nous devons faire en sorte que les services énergétiques que nous assurons continuent eux aussi d’être abordables et miser le plus possible sur l’innovation. Le défi auquel nous devons faire face, relativement à l’innovation en matière d’infrastructure, c’est que l’innovation est perçue comme se déroulant à un rythme rapide et que les investissements dans l’infrastructure sont à long terme. Que pouvons-nous faire de plus pour aider à conserver la rentabilité de l’infrastructure canadienne grâce à un financement à long terme, quoiqu’à la fine pointe?

Ministre Sohi : L’une des choses sur laquelle nous misons et qui, je crois, manquait à l’appel lorsque nous avons pris en charge le portefeuille de l’infrastructure, est une vision collective de la planification à long terme. Je pense également aux projets et à l’ensemble de leur cycle de vie, non seulement lors de la phase de la construction, mais également au stade ultérieur de l’exploitation. En y repensant bien, nous avons créé un fonds géré par la Fédération canadienne des municipalités et qui permet aux municipalités de mieux gérer leurs éléments d’actif et de mieux planifier à long terme. Vous avez absolument raison, lorsque vous parlez de grands projets d’infrastructure, cela prend des années à les concevoir et à les planifier, puis à les construire. Si donc, on peut faire intervenir dès le départ les bonnes personnes, toutes travailleront ensemble et cela nous permettra d’envisager le projet globalement, et non pas seulement d’en examiner certains segments. Je crois que ces chiffres pèsent dans la balance et que les gouvernements peuvent tirer profit de ces occasions pour apprendre du secteur privé à ce sujet. Je crois également qu’on en arrivera à construire de meilleures infrastructures pour les Canadiens et qu’elles seront plus rentables si on parvient à viser l’harmonisation, du point A jusqu’à la fin du cycle.

Timothy Egan : De toute évidence, vous comprenez très bien ce qu’il advient au niveau de la politique municipale en raison de votre expérience. L’engagement municipal direct a toujours représenté une priorité pour nos entreprises membres. Votre gouvernement a fait valoir sans équivoque son intérêt envers la Banque de l’infrastructure du Canada et l’avancement de ce dossier. Pouvez-vous nous parler davantage des objectifs de la Banque, comment elle fonctionnera et qui peut y participer?

Ministre Sohi : La raison pour laquelle nous avons créé la Banque de l’infrastructure du Canada était pour nous assurer de bâtir l’infrastructure dont nos collectivités ont besoin. Nous souhaitions ajouter un autre outil pour appuyer d’importants projets qui sont d’envergure trop grande pour être entrepris par le secteur public ou auxquels le secteur privé ne s’intéresse pas du fait que le rendement du capital investi n’est pas perçu comme valant le coût. La Banque est un moyen pour ces deux secteurs de collaborer. Autrement dit, en amenant à la table des investisseurs institutionnels, des investisseurs privés et le gouvernement, nous pouvons obtenir une participation en capital au projet afin d’atténuer certains des risques qui menacent le secteur privé, et faire en sorte que les projets d’infrastructure prévus voient vraiment le jour. Je crois que c’est là l’objectif premier de la Banque : mobiliser des capitaux privés et bâtir plus d’infrastructures publiques dans l’intérêt de la population. Il pourrait également s’agir de projets novateurs nécessaires du point de vue de l’intérêt du public, mais qui ne peuvent être réalisés en raison de leur nature particulière. Nous sommes ouverts aux occasions que vous pourriez entrevoir pour nous permettre de travailler ensemble.

“The Bank is an avenue for the private and public sector to collaborate.”

« La Banque est un moyen pour ces deux secteurs de collaborer ».

Timothy Egan : L’une des choses que nous avions commencé à examiner est l’idée d’une carte de l’infrastructure énergétique qui montre l’infrastructure standard que nous fournissons, comme des réseaux de pipeline pour la ville d’Edmonton et d’autres villes albertaines que vous connaissez bien. Mais au-delà de cette infrastructure, nous pensons également au transport maritime et ferroviaire et aux collectivités éloignées, et à la manière dont notre réseau de gaz naturel et notre infrastructure peut contribuer à desservir au mieux ces secteurs. En repensant à cette approche intégrée, êtes-vous d’accord pour dire qu’elle correspond à votre façon de percevoir la Banque de l’infrastructure du Canada?

Ministre Sohi : Nous nous attachons à créer les bonnes conditions pour que l’industrie et le secteur privé puissent entreprendre des démarches auprès de la Banque relativement à des projets qu’ils pourraient juger viables par ce moyen. Je crois que cette démarche sera très flexible, que des propositions non sollicitées peuvent être évaluées et des idées explorées par la Banque. Ce sera de toute évidence une organisation indépendante du gouvernement. C’est une société d’État gérée par un conseil d’administration avec un président-directeur général à sa tête, qui prend ses propres décisions. Mais ce que nous comptons faire en tant que gouvernement, pour donner un signal précoce à la Banque, est que si un projet est porté à notre attention ou à celui de la Banque, et qu’il vise l’intérêt public, le gouvernement sera disposé à faire équipe.

Timothy Egan : Quel pourrait être le rôle des provinces dans ces pourparlers? Si nous souhaitions nous engager auprès de la Banque, en ressortirons-nous plus forts si nous bénéficions d’un appui municipal et provincial?

Ministre Sohi : Cela dépendra de la nature du projet. Si un projet nécessite une composante municipale ou une participation provinciale, nous serons assurément disposés à collaborer avec ces entités. Mon ministère entretient des liens très étroits avec les municipalités et les provinces. Ce sont elles qui possèdent 95 % de l’infrastructure, et qui peuvent en définitive cerner les projets qui peuvent être entrepris par la Banque. Nous encourageons une collaboration solide avec tous les ordres de gouvernement et le secteur privé. Je crois que la Banque sera en mesure de faire cela, toutefois je suis d’avis que la disposition actuelle variera selon les projets.

Timothy Egan : Monsieur le ministre, pour en revenir au thème de l’innovation, notre gouvernement s’est penché sur le concept des « super-regroupements ». Nous sommes un réseau d’entités de distribution réglementées, et nous devons rendre des comptes à nos organismes de réglementation dans chaque sphère de compétence. La possibilité que nous réunissions des ressources considérables pour favoriser un « super-regroupement » est donc limitée. Cela dit, l’innovation est au cœur de nos priorités. Nous avons créé le fonds Gaz naturel financement innovation et avons investi auprès d’environ 30 petites entreprises et réuni plus de 30 millions de dollars pour divers projets novateurs qui ont permis de réduire de façon significative les émissions, d’améliorer l’efficacité et qui se sont traduits en valeur ajoutée. Pouvons-nous prendre part à cette discussion sur les super-regroupements sans nécessairement y investir de fortes sommes? Auriez-vous quelques conseils à nous donner?

Ministre Sohi : C’est le ministre Bains qui gère ce portefeuille, et à ce que je comprends, un processus a été mis sur pied pour inciter le secteur privé et les municipalités à faire part de leurs idées, à discuter de ce qui convient le mieux pour leur région et à favoriser la collaboration. Cela dit, il existe des possibilités d’action. En fait, je dirais qu’il existe de nombreuses possibilités pour votre industrie de travailler avec nous à la mise en place d’infrastructures vertes. Nous investissons beaucoup de ressources dans de l’eau propre, dans le réseau d’eaux résiduelles, l’énergie verte et de nouvelles technologies pour encourager la conservation des ressources. Nous voyons également quel défi se pose relativement à la nécessité de rendre l’infrastructure plus résiliente, et particulièrement l’infrastructure sur laquelle le dégel et les terrains mouvants ont une incidence.

Timothy Egan : Eh bien, nous y sommes favorablement disposés. Nous participons à des conversations avec diverses villes sur les installations de traitement des eaux usées et la possibilité de recouvrer le méthane qui en émane en vue de le réinjecter dans le réseau d’approvisionnement en gaz naturel sous forme de gaz naturel renouvelable (GNR). Un rapport publié en Alberta précisait que nous pourrions satisfaire presque 50 % de nos besoins en gaz naturel domestique grâce au GNR. Certains investissements ont été réalisés dans des entreprises comme G4 Insights, une entreprise albertaine qui fait figure de chef de file à l’échelle mondiale, ce qui représente une possibilité stimulante. Qu’en pensez-vous?

Ministre Sohi : Dans ma propre ville d’Edmonton, la ville travaille de concert avec RNCan pour convertir les déchets en biogaz. Beaucoup d’occasions se présentent pour que notre gouvernement puisse travailler avec le secteur privé et favoriser ce type de partenariat.

Timothy Egan : Quelques mots à titre de conclusion?

Ministre Sohi : J’ajouterais que plus nous unissons nos efforts, mieux nous desservirons la population canadienne. En définitive, l’objectif de notre gouvernement est de bâtir des communautés fortes. Nous y parviendrons précisément si tous les segments de la collectivité travaillent ensemble, ce que nous voulons favoriser. C’est la philosophie que nous suivons au sein de mon ministère. Parce qu’en fin de compte, nous sommes là pour servir les Canadiens et Canadiennes.