Les avantages du gaz renouvelable pour le Canada

Actuellement, dans les provinces de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec, les services de distribution de gaz naturel incorporent le gaz naturel renouvelable (GNR) aux réseaux de distribution par pipeline. D’ici la fin de 2016, les services auront mis en exploitation onze projets de GNR produisant assez de carburant renouvelable pour alimenter 51 000 foyers ou l’équivalent d’environ 132 millions de litres de carburant renouvelable pour les marchés du transport.

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En Ontario, il y a un seul projet de GNR à Hamilton à l’usine municipale de traitement des eaux usées. La région de Peel et la Ville de Toronto se sont dites très intéressées dans la production de GNR à partir des déchets organiques séparés à la source qu’ils recueillent. Toutefois, à des extrémités opposées du Canada, deux collectivités se sont peu à peu hissées au premier plan du mouvement vers le gaz naturel renouvelable en Amérique du Nord, remplaçant les carburants fossiles et réduisant les émissions des sites d’enfouissement en convertissant les déchets organiques en méthane.

Au Québec, Saint-Hyacinthe, la ville de 53 000 habitants, exploite le deuxième plus grand digesteur anaérobie au monde, convertissant ses propres déchets organiques, ceux de municipalités voisines et d’industries agroalimentaires dans les environs en GNR, se conformant ainsi bien en avance à la loi provinciale prohibant les déchets organiques dans les sites d’enfouissement d’ici 2022.

D’ici la fin de l’année, l’installation atteindra sa pleine production, produisant de 13 à 16 millions de mètres cubes de gaz par année distribué par le service public Gaz Métro, réduisant les coûts en carburant pour la flotte de la municipalité et générant des recettes grâce aux frais de collecte des déchets.

À l’autre bout du pays, à Surrey, en Colombie-Britannique, le conseil municipal a recours à un digesteur anaérobie comme moyen efficace par rapport à son coût d’atteindre ses objectifs, soit de réorienter 70 % de ses déchets, de réduire son empreinte carbone et d’établir une production de biocarburants tirés de déchets organiques pour ses camions de collecte de déchets. Devancée en taille uniquement par Vancouver, la ville de 520 000 habitants de la Colombie Britannique générera environ 120 000 gigajoules d’électricité (3,1 millions de mètres cubes de gaz) lorsque son installation de biocarburant sera mise en service en 2017. Il s’agira également du premier réseau de déchets organiques entièrement intégré en Amérique du Nord – où des camions au GNR recueillent les déchets avec lesquels est créé le méthane qui les alimente.

Le gaz naturel renouvelable est un gaz naturel produit à partir de déchets organiques provenant de fermes, de forêts, des décharges et des usines de traitement de l’eau. Le gaz est capturé, nettoyé et injecté dans les pipelines afin d’être utilisé de la même façon que le gaz naturel par les foyers, les entreprises, les institutions et les industries. L’exploitation d’une quantité équivalant à seulement 10 % du potentiel de GNR du Canada produira suffisamment d’énergie propre pour chauffer 1 million de foyers canadiens pendant un an.

Dans ce processus, des micro-organismes décomposent la matière biodégradable dans un espace où il y a peu ou pas d’oxygène, ce qui résulte en une production de méthane et de dioxyde de carbone. Le gaz doit ensuite être purifié afin d’en retirer le CO2 et de se conformer aux normes visant les pipelines pour la distribution et l’utilisation finale pour le chauffage, la production d’électricité et, à l’état comprimé, comme carburant de transport.

Cette année, les services publics de gaz naturel du Canada ont établi une cible de 5 % de GNR mélangé au gaz naturel dans le réseau de distribution par pipeline d’ici 2025 et de 10 % d’ici 2030. À l’échelle nationale, le contenu accru en GNR assurerait une réduction de 14 mégatonnes (MT) de gaz à effet de serre par année d’ici 2030, équivalant à l’élimination de 3 millions d’automobiles de la route.

Cet objectif est ambitieux pour tous les services publics. Pour FortisBC, en 2015, le GNR représentait environ 130 000 gigajoules par année de sa charge de base de 115 pétajoules – une fraction de 1 % du total. Et il n’y a pas de subvention provinciale pour le coût, ce qui revient à environ 14,41 $/GJ ou cinq cents le kilowatt pour le service public. Bien que cela se situe dans les limites des énergies renouvelables comme l’éolien (7 ou 8 cents/kWh), des politiques gouvernementales fermes à l’appui du GNR iraient plus loin.

« FortisBC reçoit actuellement du GNR provenant de quatre projet en exploitation, dans la vallée du Fraser, des sites d’enfouissement de Salmon Arm et de Kelowna et de la ferme Sea Breeze à Delta ».

« FortisBC reçoit actuellement du GNR provenant de quatre projet en exploitation, dans la vallée du Fraser, des sites d’enfouissement de Salmon Arm et de Kelowna et de la ferme Sea Breeze à Delta ».

« La chose la plus importante que pourrait faire le gouvernement, c’est de confirmer qu’il s’agit d’une partie importante du portefeuille général pour l’industrie du gaz », souligne Scott Gramm, gestionnaire du programme de gaz renouvelable du service public. « Et l’une des choses pratiques que le gouvernement pourrait faire, c’est d’avoir des politiques associées à une sorte d’affectation au portefeuille de l’énergie renouvelable. En d’autres mots, clarifier la situation auprès des auteurs de projets, des services publics et des consommateurs en disant oui, nous croyons que cela est important pour le GNR, et voici la politique à cet effet ».

Le service public reçoit actuellement du GNR provenant de quatre projet en exploitation, dans la vallée du Fraser, des sites d’enfouissement de Salmon Arm et de Kelowna et de la ferme Sea Breeze à Delta (C. B.). Le projet de Surrey doublera de volume, et d’autres projets sont à venir.

« L’un des grands avantages (du GNR), c’est que vous tirez profit d’une source locale de déchets et vous la mettez en usage – vous réinjectez de l’argent dans l’économie locale, vous utilisez la structure qui est déjà en place, sous la forme du service public de gaz naturel et vous remplacez des émissions de méthane en les incorporant maintenant dans un environnement contrôlé où vous capturez les émissions de méthane », explique Gramm. « Et vous pouvez aussi remplacer du gaz naturel classique dans le pipeline ».

Soutien du gouvernement et de l’industrie essentiel à la réussite

Le soutien et les subventions du provincial et du fédéral ont été essentiels pour aider Saint-Hyacinthe à accroître ses installations de GNR, offrant chacun un tiers du financement pour l’usine de 85 millions de dollars, souligne Donald Côté, conseiller municipal et agrologue.

La ville produisait du GNR depuis 2009, économisant environ 2 millions de dollars par année pour transporter et éliminer les déchets. Mais pour tirer une recette, il fallait accroître le volume – ce qui s’est fait au moyen de contrats de collecte de déchets avec des fabricants de fromage et de yogourt.

« La création de partenariats est d’une importance capitale à notre réussite », souligne Côté. « En plus d’obtenir une production supplémentaire de gaz, nous percevons une redevance de déversement de ces entreprises. Au lieu de l’envoyer à la décharge publique, elles nous paient pour ramasser les déchets ».

« La création de partenariats est d’une importance capitale à notre réussite ».

« La création de partenariats est d’une importance capitale à notre réussite ».

« L’un des grands avantages (du GNR), c’est que vous tirez profit d’une source locale de déchets et vous la mettez en usage ».

Gaz Métro assure le raccordement pour acheminer le gaz dans le réseau, de même que le matériel pour en assurer la qualité, qui va de 60 % de méthane à l’état prêt pour le pipeline de 98 % après avoir été « décanté » à l’usine d’épuration. L’investissement
dans le matériel est remboursé par le producteur – la Ville – sur 20 ans, et Saint-Hyacinthe paie également un tarif de transport.

Le service public offre une expertise technique pour aider les producteurs à réaliser leurs projets de GNR en apportant un appui en ce qui concerne les niveaux de contrôle de la qualité, les niveaux techniques et le modèle d’entreprise, en plus d’assurer le raccordement au réseau de distribution de gaz naturel. « L’avantage, du point de vue de Gaz Métro, est que nous disposons de toute cette infrastructure sous le sol et nous savons qu’à long terme, il y aura un plus grand mouvement pour intégrer le GNR au éseau », souligne Donald Beverly, conseiller principal, Développement et Énergie renouvelable à Gaz Métro. « Le gaz naturel renouvelable s’intègre bien parce que nous remplaçons du gaz naturel dans le réseau. L’autre chose, c’est que le gaz naturel est utilisé pour réduire les émissions de méthane, réorientant les choses qui émettent du méthane dans l’atmosphère en ce moment ».

Avec cinq projets publics (municipaux) et deux à cinq autres projets privés, pour la majorité des exploitants de sites d’enfouissement, en vue au cours des deux prochaines années, les volumes de GNR augmenteront, mais dépendront également des prix qui seront établis.

« Si le marché s’active, nous espérons atteindre 5 % de GNR d’ici 2025 dans la distribution des 200 milliards de pieds cubes par année ».

« Si le marché s’active, nous espérons atteindre 5 % de GNR d’ici 2025 dans la distribution des 200 milliards de pieds cubes par année ».

Si le marché s’active, nous espérons atteindre 5 % de GNR d’ici 2025 dans la distribution des 200 milliards de pieds cubes par année, soit environ 280 millions de mètres cubes par année de gaz naturel renouvelable au cours des prochaines années », ajoute Geneviève Paquin, conseillère, Développement des affaires et Énergie renouvelable à Gaz Métro. Le plus grand défi réside dans le fait que le marché est nouveau et que les prix ne sont pas assez élevés pour soutenir les nouveaux projets d’eux-mêmes. « Une fois que de bons prix seront établis, nous verrons beaucoup de grands projets se mettre en marche », souligne-t-elle.

À Surrey, le directeur du service d’ingénierie. Robert Costanzo dit qu’un partenariat public-privé avait été la meilleure option pour permettre à la ville d’atteindre ses objectifs en matière de gestion des déchets, avec le gouvernement assumant 25 % du capital pour le projet de 68 millions de dollars. La ville s’est associée à une entreprise hollandaise, Orgaworld Canada, pour une période de 25 ans, où Surrey fournissait le terrain et les déchets organiques et l’entreprise a construit et entretiendra et exploitera l’installation de 115 000 tonnes métriques par année. Les deux disposent d’ententes imposant des seuils sur la livraison de déchets et la production de GNR à atteindre ou à payer.

Le gaz produit sera utilisé par les flottes de collecte de déchets; 45 camions au gaz naturel comprimé utiliseront environ 65 000 GJ, le reste sera utilisé par un nombre croissant de véhicules au GNR. « Les avantages économiques sont assez importants – du côté de la collecte de déchets, antérieurement avec la collecte manuelle il s’agissait d’environ 12,5 millions de dollars par année; avec le nouveau système, on parle de 9,5 millions », précise Costanzo.

Cela anéantira aussi l’empreinte carbone de 16 000 tonnes métriques de la ville, réduisant les émissions de 40 000 tonnes métriques par année grâce à la réorientation des déchets organiques et à l’utilisation du GNR. « Et nous aurons 20 000 tonnes métriques supplémentaires de crédits carbone à vendre sur le marché », dit Costanzo.

Environ 7 000 clients commerciaux et résidentiels de FortisBC paient la prime au gaz naturel, ce qui représente en moyenne 2,40 $/GJ, lorsque le GNR est intégré à l’approvisionnement en gaz. Ils épargnent près de 1,48 $/GJ en évitant de payer la taxe provinciale sur les émissions de carbone, ajoute Gramm. Il a bon espoir de voir l’approvisionnement augmenter au cours des prochaines années, mais souligne qu’un certain nombre de facteurs pourraient entrer en jeu avant que les autres s’adaptent au modèle de Surrey, comme l’accès à du capital, la taille de la municipalité et la quantité de déchets auxquels ils auront accès, de même que la disponibilité d’un système de collecte et de distribution par pipeline.

Les obstacles

Le biométhane étant un carburant relativement nouveau, il ne cadre pas dans les politiques existantes, non seulement en ce qui concerne le carburant, mais aussi ses produits dérivés, notent les parties prenantes. Les déchets humains et animaux traités par un digesteur pour produire du gaz en sont un exemple : le produit résiduel ne constitue plus du fumier ni des eaux usées mais n’est pas classé comme du compost et il n’y a pas de lignes directrices concernant l’utilisation de celui-ci. « Il y a donc un besoin pour élaborer de nouvelles politiques et de nouveaux règlements ».

Comme le voit Beverly de Gaz Métro, l’engagement accru d’exploitants privés de sites d’enfouissement dans le GNR serait un important pas dans la bonne direction, étant donné que les sites d’enfouissement produisent environ huit fois plus de gaz que les déchets organiques. Mais, ils auront besoin d’un bon prix du marché pour justifier la dépense. Les déchets agricoles pourraient également contribuer, mais les fermes sont habituellement de faible densité et se trouvent loin du réseau de pipelines de gaz naturel. Les options pourraient comprendre le transport par camion du gaz provenant des fermes, ce qui permettrait de réaliser des économies d’échelle, vers les centres de distribution.

De plus, les gouvernements peuvent soutenir l’innovation afin d’accélérer la qualité de la technologie concernant le GNR et de réduire les coûts, ajoute Gramm.

Dina O’Meara est une ex-rédactrice d’affaires du Calgary Herald et est maintenant consultante en communication.