Le gaz naturel et la renaissance du secteur manufacturier canadien

Il fut un temps où le gaz naturel était un produit de forage dont le prix s’élevait et diminuait légèrement au gré d’une demande qui dépendait des conditions climatiques. La fin des années 1990 a apporté des changements radicaux, tant en ce qui concerne la demande que l’offre. Le prix a subi une hausse pour atteindre 13 dollars par gigajoule vers la fin de 2005, puis a chuté au bas prix de 1,76 dollar par gigajoule au printemps dernier.
Quant à l’industrie manufacturière et chimique, par exemple, la chute du prix d’une source de combustible et d’un produit de base – les constituants du gaz naturel sont les composantes de base des matières plastiques – s’est avérée très avantageuse pour ces secteurs durement touchés par la récession.

smile« Nous avons déjà commencé à constater les effets des plus bas prix du gaz naturel dans le secteur manufacturier des États-Unis sous deux aspects : soit l’utilisation directe et indirecte du produit, car, entre autres, les producteurs d’électricité dépendent du gaz naturel et peuvent ainsi faire profiter des clients industriels importants des économies réalisées », affirme Chris Sands, de l’Hudson Institute.
« Ces deux aspects sont avantageux, et je crois qu’ils sont importants pour le Canada, car dans le secteur manufacturier, nous observons toujours les écarts de productivité et de prix pouvant amener le secteur manufacturier canadien à devoir se battre pour maintenir le rythme », ajoute M. Sands.

Le Conference Board du Canada prévoit que la demande totale de gaz naturel au Canada doublera entre 2012 et 2035. Une grande part de cette croissance devrait se produire en Alberta, surtout à cause des sables bitumineux et de la production d’électricité, et en Colombie-Britannique, principalement en raison des exportations de gaz naturel liquéfié.

En Alberta, environ 25 % de la demande de gaz naturel provient des industries de produits chimiques et d’engrais. Dans l’ensemble du Canada, cette demande décline à environ 17 %, dont 12 % sont liés à l’industrie de produits chimiques.
« D’un point de vue nord-américain, la disponibilité du gaz de schiste est en train de changer le contexte global de notre industrie. Comme manufacturier nord-américain, cette disponibilité nous procure une concurrence dans le secteur de l’énergie que nous n’avons pas connue depuis des décennies », affirme Richard Paton, président et chef de la direction de l’Association canadienne de l’industrie de la chimie.

« Dans les années 1960, l’abondance de gaz naturel en Alberta a mené à la création d’usines de produits chimiques reconnues mondialement pour la production de polyéthylène et d’éthylène, de même que de méthanol et d’engrais. Jusqu’à 34 % du gaz naturel brûlé dans la province était consommé par l’industrie », mentionne M. Paton.

Toutefois, lorsque les prix du gaz naturel ont grimpé à 12 ou 13 dollars par gigajoule, les producteurs ont dû fermer leurs usines ou en réduire la capacité et utiliser du propane. « En gros, toutes nos perspectives d’investissement pour construire de nouvelles usines au Canada étaient nulles, et il nous était impossible de penser les développer davantage », enchaîne-t-il.

Ce sombre scénario a changé lorsque les prix du gaz naturel ont chuté. Nova Chemicals remet actuellement en état son usine de Sarnia, en Ontario, pour exploiter du gaz de schiste provenant de la zone de schiste Marcellus, située en Pennsylvanie. En Alberta, l’entreprise vient d’annoncer un agrandissement d’un milliard de dollars de son usine de Joffre. Pour sa part, Methanex projette de réinvestir dans son usine de méthanol à Medicine Hat.

Selon Martin Lavoie, directeur des politiques, productivité et innovation, de Manufacturiers et exportateurs du Canada, l’ensemble du secteur manufacturier au Canada, lequel est concentré en Ontario et au Québec, dépend moins du gaz naturel comme source d’énergie : le Québec est un géant de l’hydroélectricité et plus de 50 % de l’énergie produite en Ontario est nucléaire.

Nova Chemicals remet actuellement en état son usine de Sarnia, en Ontario, pour exploiter du gaz de schiste provenant de la zone de schiste Marcellus, située en Pennsylvanie.

Nova Chemicals remet actuellement en état son usine de Sarnia, en Ontario, pour exploiter du gaz de schiste provenant de la zone de schiste Marcellus, située en Pennsylvanie.

M. Lavoie soutient que le secteur manufacturier au Canada n’a pas connu la même recrudescence que celui des États-Unis, laquelle est due à la révolution du schiste. Il ajoute que les perspectives pour le secteur sont liées à de nombreux facteurs comme la concurrence provenant d’autre pays, la force du dollar canadien, l’augmentation du salaire de base et les coûts de l’énergie.
« Dans le secteur manufacturier, les salaires de base élevés et la force de la devise entraînent des gains de productivité importants », affirme M. Lavoie. « Nous commençons à voir la production augmenter tandis que le taux d’emploi demeure stable, ce qui est le signe d’une plus grande efficacité : les usines produisent plus avec moins d’employés », soutient-il.

« L’Ontario a commencé à perdre son avantage concurrentiel envers les États-Unis en 2008, lorsque la province a changé ses politiques en matière d’énergie en concluant des contrats à long terme avec des producteurs, et les tarifs industriels ont augmenté », dit M. Lavoie, qui estime que les tarifs industriels en Ontario auront augmenté de 34 % en 2017, triplant l’écart tarifaire avec les États-Unis au cours de cette période.

« D’un point de vue nord-américain, la disponibilité du gaz de schiste est en train de changer le contexte global de notre industrie. Comme manufacturier nord-américain, cette disponibilité nous procure une concurrence dans le secteur de l’énergie que nous n’avons pas connue depuis des décennies. »

« Il me semble que le gaz naturel aura un rôle à jouer », mentionne M. Lavoie au sujet du ralentissement de l’augmentation des tarifs. « Si nous voulons diminuer les tarifs industriels en Ontario, nous devons certainement conserver la base nucléaire que nous avons pour l’électricité, mais le gaz naturel serait un bon moyen de la rendre accessible à toutes les régions de la province. »
« Je crois que la réponse consiste à établir un bon équilibre entre les sources d’énergie et ainsi, nous ne sommes pas contraints à une seule source. De plus, il est possible de tirer profit de nouvelles technologies qui pourraient permettre l’apparition de nouvelles ressources, comme ce fut le cas de la fracturation et du gaz de schiste. »

« L’American Chemistry Council a estimé que le gaz de schiste a généré des investissements de 72 milliards de dollars U.S. dans l’industrie des produits chimiques aux États-Unis, et de 52 milliards de dollars US dans les industries manufacturières connexes, car le coût de l’énergie est actuellement concurrentiel mondialement, et ce, jusqu’à 2020. »

« La difficulté à laquelle est confrontée l’industrie des produits chimiques consiste à obtenir au Canada un pourcentage de l’investissement réalisé aux États-Unis », affirme M. Paton. L’American Chemistry Council a estimé que le gaz de schiste a généré des investissements de 72 milliards de dollars U.S. dans l’industrie des produits chimiques aux États-Unis, et de 52 milliards de dollars U.S. dans les industries manufacturières connexes, car le coût de l’énergie est actuellement concurrentiel mondialement, et ce, jusqu’à 2020. »

« Si nous voulons diminuer les tarifs industriels en Ontario, nous devons certainement conserver la base nucléaire que nous avons pour l’électricité, mais le gaz naturel serait un bon moyen de la rendre accessible à toutes les régions de la province. »

« Ce qui rend la chose difficile, c’est que les usines (de produits chimiques) sont construites pour durer de 25 à 40 ans et de nombreux contrats gaziers sont de deux ans », note M. Paton. « Nos entreprises ont besoin d’ententes d’approvisionnement à long terme et il n’a pas été facile de les obtenir. »

Ben Dachis, analyste principal en matière de politiques au C.D. Howe Institute affirme que les ententes d’approvisionnement en gaz naturel sont à prendre en considération.
« Il y aura certains manufacturiers qui voudront s’assurer qu’ils disposent d’un approvisionnement en gaz naturel canadien juste pour eux, comme les entreprises de produits chimiques », affirme M. Dachis.

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AU SUJET DE L’AUTEURE

Dina O’Meara est une ex-rédactrice d’affaires du Calgary Herald et est maintenant consultante en communication.