Le gaz naturel liquéfié : Une occasion inexploitée pour les collectivités éloignées du Canada

On estime à 200 000 le nombre de personnes vivant dans environ 300 collectivités éloignées et hors réseau au Canada1. Ces collectivités, situées dans une nature vierge et magnifique, ne sont pas exemptes de défis, notamment en matière de sécurité énergétique, d’abordabilité et d’émissions élevées. Bon nombre des collectivités éloignées hors réseau du Canada dépendent du diesel et du mazout de chauffage pour produire leur électricité ou leur chaleur. Les coûts du diesel peuvent présenter des défis pour les collectivités. Par exemple, dans les régions éloignées de l’Ontario, le coût de l’électricité produite au diesel pour les collectivités est de trois à 10 fois plus élevé que celui du bouquet énergétique provincial2. En raison du coût élevé de l’énergie, il est coûteux de chauffer et d’alimenter les maisons en électricité, et les coûts d’exploitation des industries de ces collectivités augmentent de 30 à 60 %3. Une partie importante du prix plus élevé payé pour le carburant diesel est attribuable aux coûts de transport vers les régions éloignées. Le carburant est livré aux collectivités par bateau, camion et avion. Pour les collectivités éloignées, les prix élevés de l’énergie posent des défis économiques aux familles, aux entreprises et aux industries comme les exploitants miniers.

« Pour les collectivités éloignées, les prix élevés de l’énergie posent des défis économiques aux familles, aux entreprises et aux industries comme les exploitants miniers ».

Le gouvernement libéral fédéral actuel a accordé la priorité à la transition des collectivités éloignées hors réseau vers des systèmes d’énergie propre et, en 2018, a lancé un Fonds pour les collectivités éloignées de 220 millions de dollars pour appuyer des projets4. Toutefois, le Fonds n’est ouvert qu’aux projets qui déploient des systèmes solaires, éoliens et bioénergétiques. Bien que l’énergie renouvelable ait un rôle à jouer dans les collectivités éloignées, les émissions de GES produites par ces collectivités représentent 0,3 % des émissions totales du Canada. Lorsqu’il est question d’abordabilité, de capacité en mégawatts et de fiabilité, le rôle que le gaz naturel liquéfié (GNL) peut jouer dans ces collectivités a été largement négligé. Voici pourquoi le GNL devrait faire partie de la stratégie énergétique du Canada pour les collectivités éloignées et autochtones hors réseau.

Plus de 99 % des foyers, des entreprises et des institutions du Canada qui ont accès au gaz naturel le font livrer par gazoduc. La desserte des collectivités éloignées par pipeline n’est pas une solution économique en raison de l’éloignement des approvisionnements et de la réduction de la clientèle. Toutefois, l’amélioration de notre capacité technologique de liquéfaction et de stockage de GNL en plus petites quantités nous a permis de transporter le GNL par camion directement aux collectivités éloignées. Aujourd’hui déjà, les collectivités d’Inuvik, de Whitehorse et d’Ahahim Lake utilisent le GNL comme source d’énergie pour répondre à leurs besoins locaux. Un plus grand nombre de collectivités, tout comme les exploitants miniers, examinent également la situation économique. La première mine canadienne à utiliser du GNL est la mine Renard, située à environ 1 000 km de l’installation de GNL de Montréal.

Pour les collectivités, l’un des principaux obstacles actuels est l’absence d’usines de liquéfaction situées à des endroits plus stratégiques pour la distribution ultérieure aux collectivités éloignées. Il existe des usines de GNL à plus petite échelle en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec, mais la plupart de ces installations sont situées près des centres urbains, car elles sont traditionnellement utilisées pour répondre à la demande de chauffage pendant les périodes de pointe en hiver. Cependant, la situation est en train de changer lentement. Par exemple, des installations de GNL récemment mises en service dans le nord de la Colombie-Britannique et le centre de l’Alberta servent à répondre aux besoins énergétiques du Nord (opérations de forage pétrolier et gazier et collectivités). Néanmoins, il faudra davantage d’installations et de dépôts centraux pour desservir le vaste éventail de collectivités éloignées du Canada, en particulier dans le centre du pays.

La poursuite d’un marché de l’énergie basé sur le GNL dans les collectivités éloignées hors réseau du Canada présente d’importants avantages économiques. Selon ICF International, lorsqu’on l’étudie sur une période de 25 ans, le passage du diesel au GNL ajouterait 12,5 milliards de dollars au PIB du Canada, créerait 115 000 emplois nets par année et 4 milliards de recettes gouvernementales et réduirait les émissions de 500 000 tonnes ou l’équivalent de 83 000 voitures en moins5. Il s’agit là de possibilités économiques importantes qui sont conformes à l’objectif global de réduction des émissions et d’amélioration des possibilités économiques.

Une vision à long terme pour les collectivités éloignées et autochtones hors réseau doit inclure une variété de solutions énergétiques. De nombreuses communautés autochtones ont prévu d’inclure l’énergie renouvelable dans leur bouquet énergétique6. Lorsqu’elle serait complétée par la production d’électricité à partir de GNL, les collectivités se verraient offrir un système souple et réactif capable de réagir aux changements qui pourraient survenir dans l’approvisionnement en électricité d’un micro-réseau faisant appel à l’électricité renouvelable7.

L’efficacité énergétique du GNL pourrait s’avérer cruciale pour assurer une transition rapide au diesel. Au Québec seulement, 175 MW de production d’électricité (dont une grande partie est destinée aux industries primaires énergivores) sont actuellement fournis par le diesel et le pétrole lourd8. Alors que l’énergie renouvelable a l’avantage d’être développée dans le cadre de petits projets qui peuvent être échelonnés dans le temps, la conversion des générateurs diesel au GNL offre une alimentation électrique de base efficace pour compléter l’approvisionnement intermittent en électricité renouvelable.

« Des efforts devraient être déployés pour mettre en place l’infrastructure qui permettrait de jumeler le GNL ».

Malgré ces avantages considérables, la possibilité d’alimenter les collectivités éloignées et autochtones hors réseau en GNL est largement négligée par les décideurs. La Chambre de commerce du Canada soutient que la politique publique sur les changements climatiques doit respecter le principe selon lequel les réductions d’émissions de GES doivent être effectuées de manière à réduire au minimum les coûts économiques et à permettre aux Canadiens de maintenir leur mode de vie. Pour les collectivités éloignées hors réseau, cela comprend un cadre de politique publique qui permet à toutes les formes d’énergie d’être concurrentielles en fonction d’une mesure cohérente et vérifiable, comme le coût par tonne d’émissions de dioxyde de carbone évitées. Cette approche permettra d’élargir les solutions énergétiques et technologiques, ce qui comprend le GNL et les énergies renouvelables, au profit des collectivités éloignées.

Ainsi, à mesure que la part de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne dans la production d’électricité au Canada augmente, des efforts devraient être déployés pour mettre en place l’infrastructure qui permettrait de jumeler le GNL à ces sources d’énergie afin de créer un réseau énergétique plus résistant dans le Nord. Le gouvernement canadien ne devrait pas négliger l’importance de développer un marché du GNL pour ces collectivités, car les avantages économiques et environnementaux qu’offrirait le gaz naturel seraient importants.

Aaron Henry, Chambre de  Commerce du Canada

  1. https://www.conferenceboard.ca/pressnewsrelease/16-09-27/Canadians_Living_in_Remote_Communities_Lack_Access_to_Affordable_and_Reliable_Electricity.aspx
  2. “Wataynikaneyap Power Background, <http://www.wataypower.ca/project/background>.
  3. L’Association minière du Canada, Leveling the Playing Field: Supporting Mineral Exploration and Mining in Remote and Northern Canada, avril 2015. http://mining.ca/sites/default/files/documents/Levelling_the_Playing_Field.pdf
  4. « Government of Canada Supports Clean Energy in Remote and Indigenous Communities », communiqué de presse de  Ressources naturelles Canada, le 16 février 2018, <https://www.newswire.ca/news-releases/government-of-canada-supports-clean-energy-in-rural-and-remote-communities-674300013.html>.
  5. Peter Narbaitz, Bansari Saha, Katie Segal, « Economic and GHG Emissions Benefits for Remote Markets in Canada », rapport d’ICF International à l’Association canadienne du gaz, mai 2016, page préliminaire iv.
  6. Margo McDiarmid, « Indigenous communities embrace clean energy creating thousands of jobs », CBC News, octobre 2017, <https://www.cbc.ca/news/politics/first-nations-renewable-energy-projects-1.4348595>.
  7. « Production d’électricité à partir de groupes électrogènes », <https://www.clarke-energy.com/fr/electricity-generation/ extrait le 10 septembre 2018; « Natural Gas-fired combustion turbines are generally used to meet peak electricity load », U.S Energy Information Administration, octobre 2013. <https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=13191>.
  8. Peter Narbaitz, Bansari Saha, Katie Segal, « Economic and GHG Emissions Benefits for Remote Markets in Canada », rapport d’ICF International à l’Association canadienne du gaz, mai 2016, p. 2.