L’évolution du coût des produits de base : l’impact sur les marchés canadiens

Les faibles prix du gaz naturel contribuent à un changement dans l’économie canadienne d’un bout à l’autre du pays, tant les grands que les petits consommateurs tirant profit de l’incidence de l’approvisionnement abondant en gaz naturel et des nouvelles infrastructures de pipelines.

Bien que les producteurs de l’ouest canadien doivent faire face aux répercussions financières de la croissance rapide des ressources de gaz de schiste aux États-Unis, les consommateurs résidentiels, les manufacturiers, voire même les géants du pétrole en tirent des avantages. Les prix du gaz naturel ont été moins volatiles qu’au cours de la dernière décennie, alors qu’ils oscillaient entre 1,80 $ et 12 $ le gigajoule suite à la menace d’une pénurie d’approvisionnement. Selon certains analystes1, qui ce sont inspiré des grandes quantités de gaz provenant de nouveaux bassins bien situés, il est estimé que le prix du gigajoule sera de 2,64 $ cette année et augmentera légèrement pour atteindre 3,50 $ (US) le gigajoule d’ici la fin de la présente décennie.

Des nouvelles infrastructures de pipelines.

Des nouvelles infrastructures de pipelines.

La chute des prix a été une bénédiction pour plusieurs, en particulier pour la base manufacturière du centre du Canada dont le coût des intrants a diminué, de noter Trevor McLeod, direteur du Center for Natural Resources Policy de la Canada West Foundation.

« Il s’agit d’un changement structurel dans l’économie, un changement dont nous ne nous attendions pas, dit-il. Les prix du gas naturel devaient être élevés parce qu’on allait avoir du mal à en trouver durant longtemps. Aujourd’hui, nous croyons que les prix seront bas et que nous disposerons de gaz naturel en abondance durant longtemps ».

« Nous croyons que les prix seront bas et que nous disposerons de gaz naturel en abondance durant longtemps ».

En 2000, les préoccupations relatives à la baisse des réserves de gaz naturel ont suscité de l’intérêt pour des douzaines de projets d’importations de gaz naturel liquéfié (GNL) le long des côtes est, ouest et du golfe des États-Unis et du Canada. Les prix du gaz naturel ont plus que quadruplé pour atteindre un nouveau record de 12,72 $ le GJ en 2008. Selon toutes les prévisions, dans un avenir économe en essence, le gaz naturel devait coûter en moyenne 5,69 $ le GJ et jusqu’à 9,48 $ le GJ.

Le recours à la fracturation hydraulique en plusieurs étapes et au forage horizontal a permis de tirer profit de réserves de gaz de schiste nord-américaines jusque-là inexploitées, accroissant les approvisionnements sur un marché enclavé. Le marché a réagi et les prix ont chuté, une mauvaise chose pour les producteurs de gaz naturel mais une excellente pour d’autres régions.

« Les faibles prix du gaz devraient contribuer à la diversification de l’économie ».

« Les faibles prix du gaz devraient contribuer à la diversification de l’économie » .

« Les faibles prix du gaz devraient contribuer à la diversification de l’économie dans les secteurs manufacturiers et industriels. Ils nous rendront plus compétitifs, tant dans la province qu’au niveau mondial, puisqu’alors que les prix du gaz naturel sont faibles en Amérique du Nord, ils sont relativement élevés ailleurs », ajoute M. McLeod.

L’industrie représente environ 33 % de la consommation de gaz naturel au Canada. L’actuel scénario de prix s’est manifestement avéré avantageux pour l’industrie canadienne des engrais, laquelle compte parmi les industries les plus importantes au monde et consomme environ 6 % du gaz naturel total du Canada.

Un tracteur sème de l’engrais sur un champ

Un tracteur sème de l’engrais sur un champ

Le gaz naturel représente 70 à 90 % du coût total des intrants dans l’industrie des engrais à base d’azote, et de 20 à 25 % de la production de potasse, a déclaré Clyde Graham, président intérimaire de l’Institut canadien des engrais.

« Le gaz naturel est un intrant essentiel pour la production d’engrais, ainsi que pour d’autres industries à valeur ajoutée, de dire M. Graham. En plus d’être une matière première essentielle, la production d’engrais azotés au moyen du gaz naturel plutôt que du charbon a considérablement réduit l’empreinte environnementale de l’industrie des engrais ».

« Le gaz naturel est un intrant essentiel pour la production d’engrais, ainsi que pour d’autres industries à valeur ajoutée ».

Il a fait remarquer que la réduction des coûts découlant du recours au gaz naturel, meilleur marché, a permis d’accroître les possibilités de réinvestissement dans l’industrie, favorisant ainsi la croissance de l’économie et l’emploi.

Le consommateur moyen tire aussi profit des prix moins élevés du gaz naturel. De fait, selon l’Association canadienne du gaz, les clients résidentiels et commerciaux canadiens économisent en moyenne entre 2 000 $ (résidentiel) et 15 000 $ (moyenne entreprise) par année sur leurs coûts d’énergie en optant pour le gaz naturel.

« Le consommateur moyen tire aussi profit des prix moins élevés du gaz naturel »

« Le consommateur moyen tire aussi profit des prix moins élevés du gaz naturel »

L’industrie des sables bitumineux représente un autre grand consommateur de gaz naturel, utilisant 10 % de la production canadienne, ou un peu moins de 1,5 milliard de pieds cubes par jour pour ses opérations minières et thermiques. Quelque 50 % des coûts d’exploitation de l’industrie des sables bitumineux du Canada sont liés aux dépenses énergétiques, et le gaz naturel compte pour 20 % de ces dépenses.

Que les prix du gaz naturel soient moins élevés « procure un avantage considérable à l’industrie des sables bitumineux compte tenu du faible coût de cet intrant énergétique et, au terme de la dégringolade du cours du pétrole, permet d’amortir la chute », de dire Peter Howard, président émérite du Canadian Energy Research Institute (CERI).

Selon le CERI, la demande en gaz naturel de l’industrie devrait doubler, pour s’établir à 3,2 mpc/jour d’ici 2048. « L’autre côté de l’équation, c’est que le taux d’activité sur le terrain influe directement sur les prix », d’ajouter Howard.

En février, période de pointe habituelle de la saison de forage, l’octroi de licences de puits en Alberta a atteint son plus bas niveau des cinq dernières années. Cette chute a témoigné de la mesure dans laquelle les producteurs de l’Ouest ont délaissé leurs marchés habituels de l’Ontario et du Québec au profit du gaz naturel plus économique de la zone de schiste de Marcellus aux États-Unis (frais de transport moindres). Les plus faibles prix n’incitent pas à produire du gaz naturel et entraînent des pertes d’emplois et de faibles redevances pour certains gouvernements provinciaux.

Des pipelines dans la zone de schiste de Marcellus

Des pipelines dans la zone de schiste de Marcellus

Il est fort probable que la baisse des prix du gaz naturel se maintiendra cette année en raison de plus faibles exportations vers les États-Unis. et d’une plus grande concurrence de la part du gaz de Marcellus, des pays du Golfe, et des Rocheuses, de déclarer Martin King, analyste chez First Energy Capital Corp. Les prix devraient toutefois augmenter vers la fin de 2015, début 2016 lorsque débutera la demande de chauffage hivernale.

« Le système englobe une grande quantité de gaz, et l’éventuelle croissance de l’offre est imposante. Nous savons qu’à ce stade-ci, la croissance de la demande ne peut s’harmoniser avec celle de l’offre, et j’estime qu’il nous faut des prix plus bas pour accroître la demande et faire face à cette croissance de l’offre », explique-t-il.

King s’attend cette année à ce que les plus faibles prix aient davantage d’incidence aux États-Unis, où s’est accru le recours au gaz naturel plutôt qu’au charbon dans la production d’électricité. Outre les sables bitumineux pour usage industriel, l’incidence au Canada sera quasi-nulle puisque la croissance structurelle de la consommation de gaz dans le secteur industriel a été stable ou à la baisse durant des années, de déclarer M. King.

Devin McCarthy, Directeur de la production et de l’environnement à l’Association canadienne de l’électricité (ACÉ), a fait remarquer qu’il était difficile d’isoler l’incidence des faibles prix sur le marché de la production d’électricité. Des facteurs tels que la durée de vie des centrales électriques existantes et l’offre et la demande jouent des rôles très importants, dit-il. À plus long terme, si les faibles prix du gas naturel devenaient la norme, les centrales pourraient investir dans des installations de production de gaz naturel afin de répondre à l’augmentation de la demande ou aux besoins de remplacement ».

Dina OMeara est une ex-rédactrice d’affaires du Calgary Herald et est maintenant consultante en communication.

  1. Source: http://www.gasalberta.com/pricing-market.htm