Alexander Medvedev de Gazprom commente le gaz naturel et l’avenir énergétique de la Russie.

Avec l’autorisation de Gazprom

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Par Diane Francis, envoyée spéciale, National Post, et auteure de “Merger of the Century: Why Canada and America Should Become One Country”

Alexander Medvedev est l’un des plus puissants hommes d’affaires de la Russie. Il occupe le poste de vice-président du comité de gestion de Gazprom et celui de directeur général de Gazprom Export. Gazprom est l’une des vingt sociétés les plus importantes au monde, la première productrice mondiale de gaz naturel et une géante de l’énergie de par son énorme marché en croissance au-delà des frontières de la Russie, soit en Europe et en Asie.

M. Medvedev a accordé une entrevue au magazine de l’Association canadienne du gaz pour discuter de domaines d’importance et d’intérêt communs, notamment le gaz de schiste, les défis environnementaux, le développement du gaz naturel liquéfié (GNL), sa stratégie d’exportation, ses perspectives pour son entreprise et même le hockey international. Voici la transcription de cette entrevue :

Sur la scène mondiale, quel rôle jouera l’abondance du gaz de schiste dans l’avenir de l’énergie en Russie? Sera-t-elle une menace ou représentera-t-elle une opportunité pour le pays?

flagLe développement du gaz de schiste aux États-Unis a démontré le potentiel d’accroître la part du gaz naturel dans la palette de combustibles : les industries à forte consommation d’énergie retournent aux États-Unis, tandis que les niveaux d’émissions ont chuté de façon considérable atteignant les niveaux de 1992. Il ne fait aucun doute que le gaz de schiste a élargi le profil du gaz naturel sur l’ensemble du globe. Il offre une possibilité intéressante de compléter le gaz traditionnel pour répondre à la demande mondiale croissante de combustible bleu. Toutefois, historiquement, le développement de ressources non traditionnelles a toujours été le résultat de la baisse d’accès aux réserves traditionnelles.

D’autre part, Gazprom a le privilège de pouvoir se concentrer sur la monétisation de nos vastes champs gaziers traditionnels : développer des ressources non traditionnelles plus coûteuses n’aurait aucun sens au point de vue commercial. Bien sûr, Gazprom a également investi dans la production de gaz non traditionnel dans le passé, comme le méthane de houille, et si cela est nécessaire, nous serons prêts à investir dans des projets liés au gaz de schiste.

Courtesy Gazprom

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L’offre abondante de gaz naturel (résultat des ressources de gaz de schiste) a suscité un nouveau dialogue entourant la géopolitique de cette ressource. Comment, selon vous, la Russie fonctionnera-t-elle sur un marché mondial plus intégré disposant de beaucoup plus de GNL circulant à l’échelle mondiale? 

Il ne fait aucun doute que le GNL se distinguera de manière plus évidente sur les marchés mondiaux et Gazprom participe déjà très activement à la production et à l’exportation de GNL en approvisionnant l’Asie et d’autres marchés. Nous distribuons déjà du GNL de Sakhalin-2 et nous travaillons sur le projet de GNL Vladivostok pour approvisionner le Japon en gaz. Nous planifions également développer davantage la production de GNL en Russie, ce qui nous aidera à accroître les exportations, à diversifier les voies d’approvisionnement et à pénétrer de nouveaux marchés qui demeurent inaccessibles aux pipelines. Ainsi, comme le marché évolue, Gazprom continuera à faire ce qu’elle fait le mieux; anticiper les défis et les occasions dans chacun de nos marchés et s’y adapter de façon proactive, puis offrir à nos clients une source d’approvisionnement stable et fiable en gaz naturel.

À certains égards, le Canada et la Russie ont beaucoup en commun. L’abondance de ressources de schiste en Amérique du Nord a une incidence importante sur le marché d’exportation traditionnel du Canada : les États-Unis. Des analystes estiment que le Canada pourrait perdre ce marché d’exportation entièrement dans les dix à vingt prochaines années puisque les États-Unis produisent plus de gaz, d’où l’intérêt du Canada à développer des installations de GNL pour accéder aux marchés mondiaux. En ce qui concerne la Russie, étant donné les approvisionnements importants en ressources de schiste maintenant connus en Europe, envisagez-vous un changement dans les marchés traditionnels de Gazprom et la création de possibilités de marché pour votre société? 

Nous nous attendons à ce que la demande européenne de gaz continue à croître alors que la production intérieure chutera plutôt rapidement puisque nous sommes plutôt sceptiques à la possibilité de reproduire en Europe l’essor qu’a connu le gaz de schiste aux États-Unis, notamment en raison des préoccupations environnementales et du coût de la production.

La stratégie de Gazprom est fondée sur notre capacité d’anticiper les défis et les occasions de chacun de nos marchés et de s’y adapter de façon proactive, particulièrement lorsqu’il s’agit de combler la demande d’une source d’approvisionnement en gaz naturel stable et fiable de la part de nos clients.

« Gazprom examine également de nouvelles possibilités d’élargir l’utilisation du gaz naturel, et le transport est l’un des secteurs les plus prometteurs. »

Gazprom est la mieux placée pour devenir un « pont énergétique » entre l’Asie et l’Europe, consacrant plus de la moitié des dépenses d’investissement entre 2013 et 2030 pour le pivot de Gazprom vers l’Asie. Gazprom est l’unique grande productrice de gaz détenant deux liaisons terrestres vers les marchés d’exportation importants. Depuis des décennies, Gazprom est un fournisseur fiable pour ses clients européens et nous nous concentrons sérieusement à maintenir et à affirmer notre leadership dans nos marchés actuels en Europe. Nous développons aussi activement notre visibilité dans de nouvelles zones géographiques, surtout en Asie où, de toute évidence, la soif d’énergie est insatiable. Nous sommes sur le point d’accepter les clauses finales d’une entente pour acheminer le gaz par pipeline de la Russie vers la Chine, un moteur précieux de plus pour Gazprom à long terme, en plus du rôle croissant du GNL comme source d’approvisionnement pour une base de clients grandissante dans la région de l’Asie-Pacifique.

De plus, notre stratégie de croissance vise également à assurer des points d’entrée dans l’ensemble de la chaîne de valeur du gaz naturel et à diversifier nos flux de rentrées grâce à la nature intégrée de notre entreprise. Par exemple, en tant que marché principal traditionnel de Gazprom, la libéralisation du marché gazier européen offre également de nouvelles possibilités pour notre société d’augmenter les ventes de gaz à des consommateurs finaux industriels ou résidentiels, notamment en Autriche, en République tchèque, en France, en Allemagne, en Italie, en Slovaquie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Gazprom examine également de nouvelles possibilités d’élargir l’utilisation du gaz naturel, et le transport est l’un des secteurs les plus prometteurs. L’utilisation du gaz dans les transports (GNC – gaz naturel comprimé – et GNL) a augmenté de 220 % entre 2008 et 2012 à l’échelle mondiale et dépendamment des choix d’aujourd’hui, la demande de carburant pour véhicules au gaz naturel pourrait atteindre 40 milliards de mètres cubes en Europe en 2030, soit environ dix fois son niveau actuel.

Le gaz naturel est une forme d’énergie beaucoup plus propre que le charbon et jusqu’à maintenant, les nations énergivores comme la Chine et l’Inde ne sont pas disposées à abandonner l’énergie à base de charbon qui leur est abordable. Comment Gazprom tente-t-elle de favoriser l’adoption du gaz naturel dans des régions où cette ressource peut remplacer le charbon et protéger l’environnement?

Il n’y a pas de doute, le gaz naturel est de loin le combustible fossile le plus propre. La combustion du gaz, plutôt que du pétrole, réduit les émissions de CO2 de 20 % et s’il est utilisé en remplacement du charbon, il réduit les émissions de 50 % à 60 %. Le recours au gaz naturel comme élément essentiel du portefeuille énergétique d’une nation n’est pas seulement un problème pour des pays comme la Chine et l’Inde, mais également pour l’Union européenne. Malheureusement, les politiques de l’Union européenne ont engendré des résultats insensés, en raison, d’une part, des programmes de soutien des énergies renouvelables devenus incontrôlables et d’autre part, des usines de charbon et de lignite extrêmement polluantes reprenant vie sous le régime de la réglementation actuel.

En ce qui concerne la Chine, nous croyons fermement que le gaz naturel constituera une part croissante de son portefeuille énergétique futur. Les efforts pour s’attaquer à la pollution récente et particulièrement grave dans l’ensemble de la Chine, de même que les réformes du marché gazier intérieur chinois, indiquent clairement que la Chine adoptera le gaz naturel, ce dernier étant le combustible le plus efficace et le plus écologique. L’amélioration de l’efficacité énergétique et la réduction des émissions sont également d’une importance primordiale en Inde et nous prévoyons une hausse supplémentaire de l’utilisation du gaz naturel dans ce pays, et c’est également grâce aux approvisionnements de GNL russes.

truckAu Canada, certains projets sont en cours afin de distribuer du GNL par camion pour répondre aux besoins énergétiques des régions éloignées du Nord. Est-ce un type de projet que Gazprom pourrait envisager?

Absolument. Gazprom examine des possibilités d’acheminer du GNL à petite échelle vers des régions ou des industries éloignées qui ne sont pas reliées au réseau pipelinier. Elle offre également un nouveau combustible écologiquement propre et économiquement viable pour le transport routier de même que pour les navires, ce qui devient une question d’actualité étant donné les restrictions récentes en matière d’émissions dans le secteur.

« Le gaz naturel est de loin le combustible fossile le plus propre »

Le gaz naturel, utilisé comme carburant de transport, constitue l’une des meilleures opportunités du point de vue d’un marché mondial; non seulement pour les automobiles et les camions, mais aussi pour les transports ferroviaire et maritime. Est-ce que Gazprom anticipe un moment où le gaz naturel remplacera le pétrole comme carburant principal?

ctbL’utilisation du gaz naturel à des fins de transport est l’une des possibilités de croissance la plus prometteuse. Gazprom est actuellement la chef de file dans le marché des véhicules au gaz naturel (VGN) en Russie et elle travaille activement à développer davantage ce segment, tant en Russie qu’à l’échelle internationale. Nous croyons que l’utilisation du gaz naturel dans le transport routier peut engendrer des résultats économiques considérables tout en réduisant radicalement le niveau d’émissions polluantes (réduction de CO2 de 25 % par rapport au pétrole; réduction d’émissions de CO2 de 80 %; pas de suie ou de particules atmosphériques). Dépendamment des choix d’aujourd’hui, la demande de carburant pour les véhicules au gaz naturel pourrait atteindre 40 milliards de mètres cubes en Europe en 2030, soit environ dix fois son niveau actuel.

Toutefois, des efforts nationaux et internationaux sont nécessaires pour atteindre des résultats tangibles. Plusieurs constructeurs de véhicules offrent déjà des véhicules alimentés au gaz (automobiles, fourgonnettes, autobus, camions). Cependant, un réseau plus dense de stations de ravitaillement est nécessaire. Les constructeurs d’automobiles, les fournisseurs de gaz et les autorités nationales devraient collaborer aux projets de développement de l’infrastructure. Gazprom est prête pour une telle collaboration et déjà, la société participe activement à différents projets en Europe. Par exemple, Gazprom Germania ravitaille les autobus au GNL Solbus en Pologne, lesquels se sont avérés particulièrement intéressants pour les municipalités. Gazprom Germania gère des réseaux de stations de ravitaillement de VGN en Allemagne. En République tchèque, Vemex, également membre du Groupe Gazprom, détient sept stations et prévoit élargir ce réseau dans le pays voisin, la Slovaquie. Gazprom et le Groupe Sinara en Russie travaillent également en collaboration pour concevoir et mettre en œuvre des programmes reliés à la conception, aux essais et à l’introduction de locomotives fonctionnant au gaz naturel.

Avec l’autorisation de Gazprom

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De plus, à la lumière des efforts pour réduire les émissions dans la mer Baltique et la mer du Nord, Gazprom agrandit également son portefeuille de clients en fournissant du GNL comme combustible de soute pour les navires. En septembre 2012, un protocole d’entente a été signé entre Gazprom et le Groupe Summa pour permettre à Gazprom de fournir du GNL comme combustible de soute pour les navires détenus ou exploités par le Groupe Summa, et pour établir une collaboration entre les sociétés pour le développement de l’infrastructure de soutage.

Quelles autres technologies en matière de gaz naturel émergentes ou sur le point d’être commercialisées entrevoyez-vous? Est-ce que Gazprom a un mandat ou un programme pour soutenir l’innovation?

Pour la société Gazprom, l’innovation constitue un moteur fondamental et une pierre d’assise lui permettant de maintenir sa position de chef de file en matière de technologies dans l’industrie énergétique mondiale. Par exemple, le développement d’une technologie de liquéfaction du gaz est un domaine prioritaire et prometteur parmi les activités d’innovation de Gazprom. En introduisant ses propres développements dans ce secteur, Gazprom examine la possibilité de diversifier davantage sa gamme de produits commercialisables et d’accroître leur valeur ajoutée. Gazprom travaille également avec un certain nombre de sociétés russes spécialisées dans le domaine de la nanotechnologie, notamment les sociétés de portefeuille RUSNANO.

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Entre autres, Gazprom travaille avec Plakart dans la conception de revêtements protecteurs métallisés à forte résistance à la corrosion. Le projet pilote de ces revêtements a été achevé avec succès à l’usine de traitement du gaz naturel Astrakhan de Gazprom. Les revêtements anticorrosifs, ainsi qu’ignifugés et résistants à l’usure de Plakart seront utilisés pour protéger l’équipement d’exploitation des installations de distribution et de production de gaz de Gazprom. Les caractéristiques pertinentes sont actuellement en développement chez Gazprom VNIIGAZ.

La main-d’œuvre vieillissante au Canada quittera éventuellement les entreprises de gaz naturel, les laissant ainsi à court de travailleurs qualifiés pour exercer leurs activités. Y’a-t-il actuellement, ou y aura-t-il éventuellement une pénurie de compétences similaire en Russie?

Gazprom a beaucoup de chance de ne pas subir une pénurie similaire de travailleurs qualifiés. La société a été classée comme étant l’un des meilleurs lieux de travail en Russie et comme notre empreinte et notre commerce mondiaux prennent de l’ampleur, nous attirons de plus en plus d’employés qualifiés non seulement de la Russie, mais aussi de partout dans le monde. Cependant, nous ne nous reposons pas sur nos lauriers et nous nous concentrons aussi grandement sur la prochaine génération d’experts en énergie par l’entremise de parrainages universitaires et de programmes de formation en Russie et à l’échelle internationale. Par exemple, Gazprom collabore depuis quatre ans avec l’Admiral Makarov State Maritime Academy en offrant des stages de navigation à des cadets sur notre flotte de navires de GNL et des diplômés de l’Académie sont souvent embauchés pour travailler sur nos navires-transporteurs de GNL. Deux navigateurs et un mécanicien diplômés de l’Académie figuraient parmi les employés lors de notre premier chargement de GNL par la route maritime du Nord sur le navire-citerne du fleuve d’Ob.

« La production d’hydrocarbures sur la plateforme arctique constitue un objectif de développement important »

Avec l’autorisation de Gazprom

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En ce qui concerne le Nord, selon vous, est-ce qu’il y a des possibilités d’établir une collaboration entre le Canada et la Russie pour ce qui est de l’utilisation du gaz naturel dans le Nord?

La production d’hydrocarbures sur la plateforme arctique constitue un objectif de développement important pour Gazprom. Le développement de Prirazlomnoye dans la mer de Pechora deviendra le tout premier projet de production d’hydrocarbures sur la plateforme arctique russe. Il est fort naturel pour l’industrie du gaz de travailler en partenariat et il peut y avoir des possibilités de collaboration entre Gazprom et des partenaires canadiens dans l’avenir.

Maintenant, sur un autre sujet d’importance internationale : en tant que président de la Kontinental Hockey League et membre de l’International Ice Hockey Federation Council, je suis persuadé que vous suivrez étroitement la course à la médaille d’or aux Jeux olympiques d’hiver de 2014. L’équipe russe a été déterminée au début du mois de janvier. Cependant, selon vous, quelles équipes ont plus de chances d’affronter l’équipe russe pour la médaille d’or?

Bien sûr, une finale Russie-Canada serait une excellente confrontation, mais évidemment, vous pouvez comprendre que je suis fortement convaincu que l’équipe russe a de bonnes chances de devenir championne olympique. En cours de route vers la médaille d’or, je m’attends quand même à ce que la Finlande, la Suède et les États-Unis nous rendent la vie difficile.