Une entrevue avec le président et DG de KOGAS, M. Seokhyo Jang

La République de Corée est le « tigre » le plus prospère de l’Asie et s’est taillé une place parmi les nations les plus importantes du monde. Le pays, surnommé à juste titre le « miracle de la rivière Han », a atteint des taux de croissance annuels de 10 % entre 1962 et 1994 et est devenu la 14e plus grande économie mondiale. La Corée du Sud joue également dans la cour des grands, sur le plan militaire et diplomatique, et est la 7e plus importante nation exportatrice, un acteur régional disposant du 10e plus imposant budget de défense au monde et un membre fondateur du G20 et de l’APEC, le forum de la Coopération économique Asie-Pacifique.

South-Korea1La Corée du Sud a réussi malgré sa dépendance à l’énergie et aux aliments d’autres nations et s’est démarquée dans un voisinage qui est loin d’être paisible. Les Coréens jouissent de niveaux de vie élevés, des normes d’éducation élevées, d’institutions démocratiques et d’un accès à une infrastructure de première classe, des aéroports et des hôpitaux aux écoles et aux services à large bande.

J’ai interviewé par courriel Seokhyo Jang, président et DG de KOGAS (Korea Gas Corporation), la plus grande société d’exportation de GNL au monde. Il est l’un des hommes d’affaires les plus importants du pays, comme en témoigne son éminente carrière chez KOGAS, et a répondu à mes questions concernant le secteur de l’énergie de la Corée, ses défis au niveau national et la perspective d’avenir géopolitique du secteur de l’énergie.

Veuillez expliquer l’engagement/la symbiose entre KOGAS et le gouvernement et en quoi il représente un avantage concurrentiel.

Le gouvernement détient actuellement 26,15 % des actions de KOGAS, mais lorsque les parts d’autres entreprises d’État comme Korea Electric Power Corporation (20,47 %) et les gouvernements locaux (7,94 %) sont ajoutées, le pourcentage réel des parts publiques est de 54,56 %. Par conséquent, la majorité des projets entrepris par KOGAS sont fondés sur la politique du gouvernement. Mis à part certains petits importateurs directs qui importent du gaz pour leur propre utilisation, KOGAS domine le marché de l’importation et de la vente de gros de gaz naturel en Corée. Nous profitons donc d’une structure de profit stable et avons obtenu une cote de solvabilité de A+ de Standard & Poor’s. En tant que plus grands importateurs de GNL au monde, nous aimons acheter de l’énergie.

« KOGAS domine le marché de l’importation et de la vente de gros de gaz naturel en Corée ».

La Corée étant un bel exemple de succès sur le plan économique, quelles sont ses prévisions de croissance, de prospérité et de besoins énergétiques en général?

L’économie de la Corée a affiché une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 6 % de 1990 à 2000, mais cette croissance est depuis passée à un niveau similaire à ce que l’on voit dans d’autres pays développés. Selon la proposition de plan énergétique de base national du gouvernement, annoncé en 2014, l’économie coréenne devrait connaître une croissance annuelle de 2,8 % de 2011 à 2035. Compte tenu de la baisse à long terme du taux de croissance, la demande totale en énergie devrait afficher une croissance annuelle de 1 %. Toutefois, une croissance de 2 % est prévue dans la consommation de gaz naturel, le taux le plus élevé de tous les combustibles fossiles primaires. Ainsi, la part du gaz naturel dans la consommation d’énergie passerait de 16,8 % en 2011 à 19,4 % en 2035. La place du gaz naturel sur le marché des combustibles devrait donc s’accroître dans le futur.

Le développement économique et l’utilisation efficace du gaz sont extrêmement importants pour l’entreprise.

Le développement économique et l’utilisation efficace du gaz sont extrêmement importants pour l’entreprise.

Quel rôle l’abondance croissante du gaz naturel (GNL) jouera-t-elle dans le futur énergétique de la Corée?

Le gaz naturel joue déjà un important rôle en Corée, représentant 19 % du marché de l’énergie et ayant un taux de pénétration de 78 %. Je m’attends à ce que le gaz naturel joue un rôle encore plus important dans le futur énergétique de la Corée si l’abondance croissante du gaz mène à une baisse des prix. Par ailleurs, à mesure que les normes de sécurité nucléaire et que les politiques climatiques deviendront plus exigeantes, la possibilité de croissance à long terme du gaz naturel devrait être particulièrement favorable. Or, la Corée importe la majorité de ses sources en gaz. Aussi, pour que le gaz puisse jouer un plus grand rôle dans l’avenir de la Corée, il faudrait que l’abondance de gaz naturel s’accompagne d’une baisse des prix du GNL. Des changements considérables devront donc être apportés à certaines pratiques de l’industrie du gaz naturel, comme des marchés de gaz rigides.

Quelles seront pour KOGAS les répercussions d’un marché mondial plus intégré où de plus en plus de GNL circule dans le monde?

L’intégration des marchés du gaz est définitivement de bon augure pour KOGAS, qui est le plus grand importateur de GNL au monde. Bien que le marché du gaz naturel ne se transformera pas du jour au lendemain en un marché de produit primaire mondial comme le marché du pétrole, l’intégration progresse plus rapidement que prévu, grâce à la production accrue de gaz de schiste en Amérique du Nord et à l’expansion du commerce de GNL. Pour KOGAS, c’est l’occasion de régler la question de la vente à prime du gaz en Asie, d’assurer une certaine souplesse dans les marchés du gaz et de diversifier les sources d’importation. Il sera plus facile pour KOGAS d’obtenir une source sûre de gaz à moindre prix. KOGAS aura également plus d’occasions de participer au commerce du GNL. Suite à ces changements dans le marché mondial du gaz, KOGAS procède actuellement à l’élaboration d’une stratégie d’importation à long terme et prévoit accroître ses activités économiques à l’étranger.

Selon M. Jang, si l’abondance croissante du gaz mène à une baisse des prix, cela contribuera sans aucun doute à la croissance économique des pays en voie de développement.

Selon M. Jang, si l’abondance croissante du gaz mène à une baisse des prix, cela contribuera sans aucun doute à la croissance économique des pays en voie de développement.

L’abondance a une grande incidence sur le prix, et dans un monde où l’accès à une source d’énergie abordable est essentiel pour faire face à la pauvreté mondiale, le gaz peut jouer un rôle accru. Comment KOGAS voit-il ce rôle, plus particulièrement sur le plan de la technologie? Quelles technologies nouvelles ou en voie de commercialisation pourrait-on utiliser dans le monde selon vous? KOGAS dispose-t-il d’un programme/mandat pour favoriser l’innovation?

Si l’abondance croissante du gaz mène à une baisse des prix, cela contribuera sans aucun doute à la croissance économique des pays en voie de développement et à l’éradication de la pauvreté dans le monde. Une baisse des prix stimulerait également l’utilisation du gaz naturel dans la production d’énergie et le transport dans les pays développés. Nous faisons entre-temps tout ce que nous pouvons à KOGAS. Le développement économique et l’utilisation efficace du gaz sont extrêmement importants pour l’entreprise. Nous accordons une grande importance à la technologie de liquéfaction, comme le gaz naturel liquéfié flottant (GNLF), ainsi qu’à la commercialisation de technologies comme le mazoutage du GNL et le gaz naturel comprimé liquéfié (GNCL). De plus, KOGAS fait le maximum pour favoriser la production de gaz non classiques, comme le gaz de schiste, le méthane de houille (MH), le méthane hydraté, etc. Nous nous préparons également pour l’avenir en travaillant à des applications pour le gaz naturel qui peuvent être utilisées conjointement avec l’énergie associée à l’hydrogène. Le centre de recherche et de développement chez KOGAS procède également à l’élaboration de stratégie de développement à long terme en conformité avec la politique du gouvernement sur la technologie, contribuant ainsi au développement et à la propagation de la technologie du GNL partout dans le monde.

Pour KOGAS, le gaz naturel liquifié offrira l’occasion de régler la question de la vente à prime du gaz en Asie.premium.

Pour KOGAS, le gaz naturel liquifié offrira l’occasion de régler la question de la vente à prime du gaz en Asie.premium.

Nos pays ont récemment signé un accord de libre-échange (ALÉ), renforçant des liens déjà solides. À votre avis, comment cet accord influera-t-il sur les relations de commerce énergétique entre nos pays?

J’ai confiance au fait que l’ALÉ entre le Canada et la Corée encouragera les entreprises coréennes à investir dans l’industrie en amont de l’Ouest canadien. KOGAS pourrait également acquérir d’autres biens liés au gaz naturel afin de s’assurer d’une alimentation stable en gaz pour le projet LNG Canada. Toutefois, en ce qui concerne l’approvisionnement en GNL, le Canada fait concurrence aux États-Unis, qui disposent également d’un ALÉ avec la Corée. Comme vous le savez sans doute, 47 demandes d’exportation de GNL en Amérique du Nord ont obtenu l’approbation de l’Office national de l’énergie et du département de l’Énergie pour l’exportation de GNL. Onze de celles-ci se trouvent au Canada et 36, aux États-Unis. En tant qu’acheteur de GNL, KOGAS est favorable à la concurrence en Amérique du Nord. Nous espérons que le Canada renforcera sa capacité concurrentielle sur le marché actuel et que nos pays pourront tirer le maximum de l’ALÉ afin d’entreprendre des projets mutuellement avantageux.

« Je m’attends à ce que le gaz naturel joue un rôle encore plus important dans le futur énergétique de la Corée si l’abondance croissante du gaz mène à une baisse des prix ».

« Une baisse des prix stimulerait également l’utilisation du gaz naturel dans la production d’énergie et le transport dans les pays développés ».

Les coréens jouissent de niveaux de vie élevés, des normes d’éducation élevées, d’institutions démocratiques et d’un accès à une infrastructure de première classe.

Les coréens jouissent de niveaux de vie élevés, des normes d’éducation élevées, d’institutions démocratiques et d’un accès à une infrastructure de première classe.

Le Canada est un exportateur de gaz naturel de longue date, mais le contexte changeant de l’approvisionnement en Amérique du Nord en a élargi les possibilités, allant d’un exportateur par pipeline vers un marché (les États-Unis) à un exportateur de GNL vers d’autres marchés aux quatre coins du monde. En tant qu’acteur clé sur le marché mondial du GNL, quels conseils donneriez-vous au Canada alors qu’il fait son entrée dans le monde du GNL?

 

« La révolution du gaz de schiste a profondément changé la dynamique de l’offre et de la demande en Amérique du Nord ».

La révolution du gaz de schiste a profondément changé la dynamique de l’offre et de la demande en Amérique du Nord. Avec ses grandes réserves de gaz de schiste, la dépendance des États-Unis au gaz naturel du Canada s’estompe rapidement alors qu’ils s’apprêtent eux-mêmes à devenir des exportateurs de GNL. Je comprends que cela touche le Canada directement, puisque les États-Unis exportaient ce produit principalement du Canada. Il faudra que le Canada se trouve de nouveaux marchés pour le gaz naturel du BSOC maintenant que les deux pays mettent en œuvre des projets qui leur permettront d’exporter du GNL. Les 47 demandes d’exportation que j’ai mentionnées plus tôt, si elles sont mises en exploitation, produiront quelque 400 millions de tonnes de GNL, ce qui est supérieur au volume total des opérations actuelles du GNL. Il va donc sans dire que seuls les projets qui offrent des prix compétitifs survivront sur le marché. De façon générale, les projets de GNL dans l’Ouest canadien ont un avantage de proximité et d’indice de prix du gaz sur les projets des États-Unis. D’un autre côté, les projets au Canada sont réalisés sur des terrains vacants et semblent manquer de main-d’œuvre comparativement aux projets aux États-Unis, ce qui pourrait augmenter les dépenses en capital (CAPEX) du Canada. Pour que le Canada puisse continuer à faire concurrence aux États-Unis, je crois que le soutien du gouvernement fédéral et des gouvernements locaux sous forme d’allégements fiscaux et de dispositions réglementaires sera essentiel et efficace.

M. Seokhyo Jang, président et DG de KOGAS

M. Seokhyo Jang, président et DG de KOGAS