Leçons apprises d’ATCO et des feux de forêt de Fort McMurray

C’était une autre journée de printemps exceptionnellement chaude et sans pluie dans le nord-est de l’Alberta, avec des températures records à Fort McMurray, qui se trouve au cœur des sables bitumineux du Canada. La ville de 88 000 habitants suffoquait sous une chaleur de 32,8°C, entourée d’une forêt desséchée par suite d’un hiver peu neigeux.

ATCO surveillait la région de près le 1er mai 2016. Le service de gaz et d’électricité dessert environ 23 000 consommateurs de gaz naturel à Fort McMurray, alimente la ville et ses environs en électricité, ce qui comprend les opérations pour les sables bitumineux. ATCO exploite également plusieurs campements dans la région. Ce dimanche, ses équipes surveillait un feu de forêt à quelques kilomètres au sud-ouest de la ville qui avait forcé l’évacuation temporaire de plusieurs quartiers résidentiels.

“That Sunday, ATCO had been tracking a wildfire a couple of kilometres southwest of the city that had forced the temporary evacuation of several neighbourhoods.”

« Ce dimanche, ses équipes surveillait un feu de forêt à quelques kilomètres au sud-ouest de la ville qui avait forcé l’évacuation temporaire de plusieurs quartiers résidentiels. »

Le lendemain, le vent a changé, poussant des murs de flammes vers l’ouest et le nord de Fort McMurray. À 17 h le mardi 3 mai, un ordre d’évacuation obligatoire a été émis pour 12 quartiers résidentiels – les trois quarts de la ville. Moins de deux heures plus tard, la ville entière et plusieurs communautés avoisinantes étaient en mode de fuite générale d’un incendie de forêt que l’on appellerait plus tard « la Bête ». Le feu déchaîné et imprévisible était devenu si intense qu’il créait son propre microenvironnement avec ses nuages, ses éclairs et son vent, dévorant par la suite 1,5 million d’acres de forêts en Alberta et en Saskatchewan, avant d’être déclaré maîtriser deux mois et demi plus tard.

« Pour nous, le plus grand objectif au cours des quelques premiers jours était de nous assurer que les installations étaient protégées et qu’elles ne poseraient pas de dangers pour les équipes d’intervention d’urgence appelées à combattre les incendies », a souligné Ryan Germaine, vice-président, Opérations de district – Distribution du gaz, ATCO.

Germaine était en communication avec l’équipe ATCO à Fort McMurray à partir d’Edmonton depuis le début du feu de forêt au cours de ce weekend, revoyant les plans d’urgence existants pour les unités opérationnelles, au cas où ils devraient être utilisés. Le 3 mai, ATCO a fait appel à son plan d’intervention en cas de crise et déployé sur les lieux des cadres supérieurs, dont Germaine, pour prendre connaissance de la situation et rendre compte de ses conclusions à Edmonton. Il y est resté pendant trois semaines, ne revenant qu’une fois ou deux pour changer ses vêtements.

“For us, the biggest objective those first few days was ensuring the facilities were safe and weren’t going to be causing any danger or harm to the emergency response crews.”

« Pour nous, le plus grand objectif au cours des quelques premiers jours était de nous assurer que les installations étaient protégées et qu’elles ne poseraient pas de dangers pour les équipes d’intervention d’urgence appelées à combattre les incendies ».

Personne n’avait prévu à quelle vitesse et dans quelles directions le feu de forêt se propagerait, a-t-il dit, indiquant qu’à un certain point, le feu avait enjambé la rivière qui sépare la ville, une distance de près d’un kilomètre d’une rive à l’autre. Au cours de ce premier jour, les messages allaient de « la situation est bien en main », c’est-à-dire que rien n’avait changé, à des quartiers étant entièrement engloutis par les flammes, en seulement une heure, se rappelle-t-il.

L’effectif habituel de distribution de gaz d’ATCO était passé de 20 à six employés, et ceux-ci ont également évacué les lieux, dormant dans leurs véhicules pendant environ 45 minutes au sud de la ville avant de revenir le lendemain pour continuer de fermer les quelque 100 robinets du réseau de distribution de gaz naturel d’ATCO.

« Pour une société gazière, il n’y a pas grand-chose que l’on peut faire, sauf de fermer les robinets afin que le gaz naturel n’alimente pas le feu s’il atteint le réseau », indique Germaine. « Lorsqu’un feu se propage si rapidement, c’est tout ce que l’on peut faire. On essaie d’intervenir là où le feu se propage et de sécuriser les installations avant que le feu ne les atteigne. »

Couper l’alimentation

L’une de leurs premières priorités a été de fermer une conduite de haute pression, appartenant à Suncor Energy, qui traversait la ville. Alors que certains robinets étaient fermés à distance, ATCO travaillait avec Suncor pour héliporter une personne dans la ville afin qu’elle puisse fermer le robinet principal manuellement. L’expérience a mené à une révision pour l’installation d’un plus grand nombre de robinets actionnés à distance pour les lignes de transport.

À Edmonton, les cadres supérieurs Melanie Bayley et Nathan Carter assuraient la coordination des personnes et du matériel à partir du centre de commandement d’urgence. Tout comme les autres équipes, ils ont travaillé pendant 40 jours consécutifs, du début de la crise jusqu’au retour des résidents dans la ville le 13 juin.

L’une des premières priorités de la division de l’électricité d’ATCO a été de maintenir le courant aux pompes à eau, ce qu’elle a été en mesure de faire avec une équipe dépouillée qui était restée sur place pour apporter son aide alors que d’autres employés et leurs familles étaient évacués, a souligné Bayley, qui est actuellement l’agent de réglementation en chef pour ATCO. L’accès à certaines des lignes de transport d’électricité a été difficile au cours de l’intervention en raison du lieu éloigné où elles se trouver et de la menace d’incendies actifs. Bon nombre de poteaux de distribution et de transport ont été endommagés, y compris une traverse fluviale critique, et des postes dans la région ont défailli. Mais, les redondances intégrées ont porté des fruits, permettant à ATCO de continuer d’alimenter les pompiers en électricité dans la ville.

Les équipes de la ville ayant l’expérience des petits incendies urbains remontaient les rues complètement en flammes, a-t-elle dit. « Et pour qu’ils puissent empêcher le feu d’entrer plus creux dans la ville, il était essentiel pour eux qu’il y ait de la pression dans les bornes-fontaines. Les pompes pour le réseau d’aqueduc de la ville fonctionnent à l’électricité mais la majeure partie du réseau électrique se trouve en surface et est donc exposé aux intempéries, surtout les portions de distribution qui sont composées de poteaux de bois. »

Dès le début de l’intervention, on a muté Bayley de l’intervention destinée uniquement à la distribution de gaz à la coordination des trois unités opérationnelles, dont Structures et logistique, qui comprend le logement des effectifs. Alors que les résidents fuyaient vers le nord de la ville, ATCO a ouvert les portes de ses campements aux évacués. Pendant les semaines qui ont suivi cet afflux initial d’évacués, le campement Creeburn Lake et par la suite le campement Barge Landing ont accueilli des centaines de résidents évacués et de membres du personnel d’intervention. Au point culminant de l’évacuation, des milliers de personnes sont demeurées aux campements d’ATCO, exploités conjointement avec la Première Nation de Fort McKay.

Un plan d’intervention d’urgence et une hiérarchie hautement structurés ont permis d’éviter le chaos au cours de cette période particulièrement intense, a-t-elle dit. « Vous devez toujours savoir qui fait quoi et qui est chargé de prendre quelles décisions – afin d’éviter le chaos, parce que c’est à peu près la pire chose qui peut arriver, lorsque les gens ne savent pas ce qu’ils font. »

“At the peak of the evacuation, thousands of people stayed in the ATCO lodges, operated in a joint venture with the Fort McKay First Nation”

« Au point culminant de l’évacuation, des milliers de personnes sont demeurées aux campements d’ATCO, exploités conjointement avec la Première Nation de Fort McKay ».

Incontrôlable et imprévisible

Au cours des premiers jours de l’incendie, ATCO avait six ou sept personnes sur les lieux et plusieurs au centre d’intervention d’urgence de la ville, qui a lui-même été évacué et relogé à maintes reprises.

« Il se passait tellement de choses – les jours étaient parfois longs et fous, et on ne savait jamais ce que le feu ferait », a dit Nathan Carter, vice-président, Opérations de la région d’Edmonton – Distribution de gaz. « Le feu est-il parti, quand reviendra-t-il, et que trouverons-nous lorsque nous retournerons dans la communauté? Quelle sera l’ampleur des travaux et de combien de personnes aurons-nous besoin, quand les gens pourront-ils revenir et comment prendrons-nous soin d’eux? »

« Les conditions néfastes au sol, comme l’air rempli de cendres dans lequel les personnes travaillaient et la ruée d’animaux à l’intérieur et autour de la ville représentaient d’autres défis exceptionnels. « Nous avons dû équiper tout le monde de chasse-ours et d’EpiPens » a-t-il dit.

Environ 2 400 maisons ont été complètement détruites, soit près de 20 % de la ville. Lorsqu’il a été sécuritaire de le faire, une équipe initiale de 40 personnes s’est rendue dans chacune des maisons restantes et chacun des postes de gaz naturel, déterrant la ligne à certains endroits pour s’assurer de son intégrité, et en fonction de ce qui a été constaté, une équipe de 100 à 150 personnes a été formée pour rétablir le réseau aux éléments de l’infrastructure essentielle, comme l’hôpital, puis à 20 000 résidences. « Et cela sous-entendait de vérifier plus de 1 300 points de purge, d’examiner le réseau, d’en faire l’essai et de faire appel à beaucoup de personnes pour s’assurer que cela soit bien fait », a dit Carter.

La majeure partie du réseau de distribution de gaz naturel d’ATCO se trouve sous terre; toutefois, les raccordements en surface allant aux résidences étaient complètement détruits. De l’eau s’était également introduite dans les tuyaux par suite des efforts de lutte contre l’incendie. L’une des plus grandes pertes a été le poste de distribution numéro 1 d’ATCO, une installation en surface qui reçoit du gaz à haute pression et qui le régule à une pression inférieure pour sa distribution aux résidences. Situé dans une zone boisée tout près de la ville, le poste a été complètement détruit.

“When safe, an initial 40-person crew went to each remaining house and every natural gas station.”

« Lorsqu’il a été sécuritaire de le faire, une équipe initiale de 40 personnes s’est rendue dans chacune des maisons restantes et chacun des postes de gaz naturel ».

Il a été reconstruit en un temps record de trois mois afin que la ville puisse être approvisionnée en gaz cet été-là, et plus important encore, à l’hiver. Les zones sans habitants n’ont pas été réparées avant la fin 2016, et il faudra peut-être plusieurs années avant de rétablir complètement d’autres portions gravement endommagées de la ville et du réseau d’ATCO.

Points à retenir

L’un des principaux points à retenir de cette crise est l’importance qu’ont eue les plans d’intervention d’urgence normalisés, plus particulièrement au niveau de leur formulation, a dit Bayley. Toutes les divisions d’ATCO élaborent leur propre plan, ce qui est important pour s’assurer qu’il réponde à leurs besoins opérationnels uniques « mais, je crois que nous aurions pu nous entendre plus rapidement si nos plans avaient été mieux harmonisés », a-t-elle dit. Ils étaient très compatibles et n’ont pas créé de gros problèmes, mais même la nomenclature que l’on utilise – on ne penserait que cela aurait beaucoup d’importance, mais lorsqu’on n’a que 30 secondes pour parler à quelqu’un, cela fait toute une différence » mentionne Bayley.

Pour Carter, la crise a fait ressortir le besoin de communiquer tant avec les équipes qu’avec les clients. « On ne communique jamais assez avec les gens » a-t-il dit. Par exemple, en plus des séances de discussion ouverte tous les quelques jours, ATCO a mis sur pied une carte interactive en ligne sur laquelle les résidents pouvaient cliquer pour voir si leur service de gaz ou d’électricité avait été rétabli avant de retourner à la maison.

L’embauche de personnel excédentaire est également importante. « Vous pouvez penser n’avoir besoin que de 100 personnes, mais vous travaillez dans une zone de crise et vous devez avoir une certaine souplesse. Cela a très bien fonctionné pour nous – il y a eu une journée où nous avons eu 3 000 demandes pour des rallumages et nous avons été en mesure d’intervenir à chacune d’elles ».

Leçons apprises

Certains processus ont déjà été modifiés par rapport à la façon de traiter les évacuations prolongées, plus particulièrement du côté du gaz naturel. Bien qu’ATCO, comme tous les services publics, procède à des inspections périodiques pour déceler des fuites, les services de traitement des appels de la part de clients comme « I smell gas » (je perçois une senteur de gaz) sont également essentiels. « Si vous avez une évacuation prolongée où le public n’est pas présent, ces appels cessent. Par conséquent, lorsque vous rétablissez le service, vous devez procéder à une inspection pour déceler les fuites de façon continue lorsque vous réintroduisez le gaz dans le réseau ».

Sachez quand faire appel à des amis, ajoute Germaine. Bien qu’ATCO ait été en mesure de rétablir le réseau afin de répondre aux besoins de la ville à temps en faisant appel à ses employés, « nous aurions probablement pu compter sur d’autres membres de l’ACG, afin d’utiliser, à l’occasion, certains de leurs employés », a-t-il dit. L’impact physique et émotionnel que les activités d’intervention à cette crise ont eu continue de se faire sentir, a-t-il dit. La préparation des ressources appropriées, même sur place, pourrait limiter l’impact émotionnel et mieux préparer les gens aux effets du travail dans une zone sinistrée.

Le rétablissement des services de gaz et d’électricité aux maisons et aux entreprises ayant échappé aux flammes à temps pour la réintégration de la ville, soit environ 40 jours après le passage de l’incendie, est une question de fierté pour tous les intervenants. « Les gens ont travaillé 18 heures par jour pendant 30 jours consécutifs pour y arriver », dit Bayley. « Nous ne voulions pas être la raison pour laquelle les gens de Fort McMurray ne pouvaient pas retourner à la maison. »

Coûts :

Total : 3,58 milliards de dollars (dommages assurés); 9,5 milliards de dollars (coûts directs et indirects)

Réseau de distribution de gaz/d’électricité ATCO :

13 millions de dollars de fonctionnement et entretien

35 millions de dollars de coûts d’immobilisation

13 millions de dollars de perte de recettes

Un an après la crise, des braises étaient encore présentes, couvant sous le tapis de la forêt boréale, couvertes de mousse et de terre, et ne sont pas éteintes avant le printemps.

Dina OMeara est une ex-rédactrice d’affaires du Calgary Herald et est maintenant consultante en communication.