L’énergie, l’économie et l’environnement : ce que ça signifie pour Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro

À titre de présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu vit son rêve. Pour Mme Brochu, le travail dans le secteur de l’énergie est bien plus qu’un boulot, c’est une passion qu’elle se découvrit alors qu’elle étudiait en science économique à l’Université Laval. « Je me suis rendu compte que l’énergie avait une incidence sur tout, allant des économies des régions productrices et consommatrices aux budgets des familles et de la société en général ».

Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro – photo de la part de Gaz Métro.

Cette approche globale de la politique énergétique a bien servi Mme Brochu, la plaçant dans une position très avantageuse compte tenu des interactions croissantes dans les domaines de l’énergie, de l’économie et de l’environnement.

« Au cours des deux dernières décennies, nous sommes passés des cloisonnements aux interactions, et nous sommes sur le point de ne former qu’un seul et unique grand secteur ».

Mme Brochu se remémore comment ce « seul et unique grand secteur » a commencé à prendre forme dans les années 1990. « Je me rappelle lorsque le prix du gaz naturel a monté en flèche, passant de 2 $ le gigajoule à 13 $. J’étais à la tête du service à la clientèle et les gens nous appelaient, en larmes, pour nous dire qu’ils ne pouvaient pas payer leurs factures. De toute évidence, nous nous devions d’aider nos clients à consommer moins d’énergie; sans quoi, leur situation, de même que la nôtre, s’aggraverait ».

LNG

Bien que les efforts de conservation aient d’abord été mus par le prix, l’environnement est rapidement devenu un facteur important. « Gaz Métro a été la première société d’énergie au Québec à mettre sur pied un programme d’efficacité, en 2000, et à l’offrir de façon très active à sa clientèle. C’est ainsi que nous nous sommes ralliés les environnementalistes, parce qu’ils nous voyaient soudainement comme une société qui se soucie de la conservation ».

Sous la direction de Mme Brochu, Gaz Métro continue de trouver des moyens d’atténuer les effets négatifs de la consommation de combustibles fossiles, allant du smog aux émissions de carbone. Ses derniers projets utilisent le gaz naturel liquéfié (GNL) dans de nouvelles applications et de nouveaux marchés en vue de réduire notre dépendance au pétrole et au diesel.

« En brûlant moins de produits pétroliers, on peut réduire certains contaminants, à un taux allant jusqu’à 99 % au niveau local », souligne Mme Brochu. Si l’on tient compte d’une réduction pouvant aller jusqu’à 25 % des émissions de gaz à effet de serre, il est facile de voir pourquoi le gaz naturel constitue une solution de rechange attrayant, surtout sous forme liquide.

« Lorsque le gaz naturel est liquéfié, il prend 600 fois moins d’espace et peut être expédié dans des régions éloignées. Les avantages du GNL peuvent ensuite se transmettre au transport et atteindre des régions non desservies par les réseaux de distribution traditionnels. Le prix du gaz étant devenu extrêmement compétitif, nous pouvons y ajouter un coût de transformation (pour la liquéfaction) tout en retenant notre avantage concurrentiel sur le diesel et le mazout ».

« Les projets de GNL de Gaz Métro ont progressé très rapidement. Après seulement 24 mois, Gaz Métro assure maintenant l’approvisionnement de 10 % de la flotte de Transport Robert (une importante entreprise de transport du Québec). Nous avons créé la « Route bleue », le premier réseau de stations de ravitaillement en gaz naturel reliant Mississauga et la ville de Québec, et qui s’étendra encore plus loin à l’est à Rivière-du-Loup dans un proche avenir. Nous avons conclu un marché avec Stornoway Diamond Mines à 360 kilomètres au nord de Chibougamau; au lieu de transporter du diesel de Montréal jusqu’à leurs installations, nous y transporteront du GNL ».

Le transport maritime représente un autre important marché. « La Société des Traversiers du Québec a demandé que ses trois nouveaux traversiers fonctionnent au GNL. L’un de ses traversiers a déjà été livré et est maintenant en service, faisant de celui-ci le premier traversier de son genre en Amérique du Nord. Le Groupe Desgagnés a commandé deux navires conçus pour fonctionner au GNL. Nous avons conclu un marché avec Hydro-Québec pour que leur centrale de Bécancour puisse utiliser du GNL au cours de l’hiver. Le GNL ouvre la porte à un tout nouveau marché, et le Nord, plus particulièrement le Nord québécois, en bénéficiera ».

« Nous avons créé la « Route bleue », le premier réseau de stations de ravitaillement en gaz naturel reliant Mississauga et la ville de Québec ».

Pendant une décennie, Mme Brochu a demandé à ce qu’une discussion ait lieu à l’échelle nationale concernant l’énergie, l’environnement et l’économie. « Les Canadiens se rendent compte aujourd’hui que nous avons besoin les uns des autres : les gens dans l’Ouest se rendent comptent qu’ils ont besoin des provinces pour que des projets énergétiques puissent être mise sur pied et être en mesure d’atteindre la côte et les marchés d’exportation ». On dirait que les politiciens provinciaux sont enfin à l’écoute : le 17 juillet, à la réunion du Conseil de la fédération à Terre-Neuve, les premiers ministres provinciaux se sont entendus sur une Stratégie énergétique canadienne après cinq ans de pourparlers.

Mme Brochu cite le nouveau marché du carbone entre l’Ontario, le Québec et la Californie comme un autre pas dans la bonne direction. « Ce fut un geste audacieux initialement de la part du Québec. Personnellement et au niveau de la société, nous sommes en faveur d’un marché du carbone. Un marché est mieux qu’une taxe : c’est plus efficace. Mais pour être efficace, vous avez besoin d’un marché et vous avez besoin d’un groupe important avec lequel marchander pour le rendre efficace ».

Mais Mme Brochu n’hésite pas à critiquer les initiatives qui, selon elle, devraient être améliorées. En 2014, Mme Brochu a fait les grands titres de l’actualité lorsqu’elle a pris position contre les possibles effets néfastes du projet Oléoduc Énergie Est de TransCanada sur les producteurs de gaz naturel en Ontario et au Québec.

Sophie avec le Maire de Montréal lors de l’événement phare Soupe pour elles, dans le cadre du défi relevé pour l’Effet A pour l’ambition des femmes – photo de la part de Gaz Métro.

« Avant l’annonce d’Énergie Est, je me suis prononcée officiellement en faveur d’un tel oléoduc. L’Alberta en a besoin, le Canada en a besoin, le Québec en a besoin. Puis, lorsque TransCanada a présenté le concept, ils ont laissé entendre que la capacité existante pour le gaz naturel entre North Bay et Ottawa serait supprimée. Bien qu’un accord contractuel a été atteint entre chaque membre impliqué, j’avais initialement disputé qu’une partie du projet devait être réorganisée parce que celle-ci allait à l’encontre des intérêts du marché et des clients auxquels nous offrons nos services ».

« Sophie se réjouit des innovations qui ont été faites au niveau du biométhane et du GNR ».

Mme Brochu estime que sa prise de position avait fait les manchettes pour une autre raison : parce qu’elle est une femme. « Un journaliste a dit bien, vous savez, elle a des arguments très convaincants, elle s’est très bien exprimée. Diriez-vous cela d’un homme? C’est comme si les femmes n’étaient pas capables de s’exprimer clairement ». Mme Brochu dit que cette expérience l’a rendue plus sensible au besoin d’inclure plus de femmes dans les affaires, tant au niveau de chef de la direction qu’au sein de conseils d’administration, et l’a également incitée à participer à L’effet A, un mouvement qui vise à encourager les femmes, peu importe leurs circonstances personnelles, à s’établir et à atteindre des buts ambitieux au niveau personnel et professionnel. Dans cette veine, Mme Brochu a lancé le projet « Soupe pour elles » qui a amassé plus de 100 000 $ en 2015 pour son organisme qui vient en aide aux femmes en état d’itinérance à Montréal.

Mme Brochu apporte également ce type de « pensée hors des sentiers battus » au travail. Lorsqu’elle envisage l’avenir de Gaz Métro et de l’industrie de l’énergie, elle se réjouit des innovations qui ont été faites, plus particulièrement au niveau du biométhane et du gaz naturel renouvelable, qu’elle considère comme « le combustible du futur ». En 2014, Gaz Métro a fait l’annonce d’un partenariat avec la municipalité de Saint-Hyacinthe pour l’utilisation d’électricité produite par biométhanisation. C’est très intéressant parce que d’ici 2020, les municipalités du Québec n’auront plus le droit d’enfouir les ordures ménagères, mais devront plutôt les transformer, soit par compostage, soit par biométhanisation ».

« Le biométhane produit à partir d’ordures ménagères est tout à fait compatible avec le gaz naturel que nous distribuons. Il ne remplacera jamais les autres sources plus traditionnelles d’approvisionnement sur lesquelles nous comptons, mais il représente définitivement une solution très intelligente en matière d’approvisionnement, pour les clients et les entreprises. Au lieu de produire un gaz qui crée du CO2 dans un site d’enfouissement, on le déplace et on l’utilise ».

Sans surprise, Mme Brochu songe encore à l’intersection de l’énergie, de l’environnement et de l’économie. Que ce soit aujourd’hui ou demain, ce chef d’industrie regardera toujours la situation dans son ensemble.