Un aperçue des fonctions économiques, sociales et environnementales du marché du GNL en Colombie-Britannique

David Keane est président de la BC LNG Alliance (Alliance du GNL de C.-B.) à Vancouver, un consortium de sept sociétés travaillant à la création d’usines d’exportation de GNL sur la côte Ouest pour y relier la réserve importante de gaz naturel du Canada. Il possède une expérience de 33 ans dans le secteur de l’énergie et il a travaillé dans plus de 15 pays pour des entreprises pétrolières à de nombreuses fonctions différentes.

David Keane, président de la BC LNG Alliance

Il a parlé avec l’équipe d’ÉNERGIE au sujet des défis de commercialisation, économiques, sociaux et environnementaux que doivent relever ses développeurs du GNL. Ces projets sont importants pour l’industrie du gaz au pays, mais encore plus pour l’ensemble du Canada. Il s’agit d’efforts pour bâtir la nation. Voici une transcription de son entrevue :

Francis : Qui sont les membres de votre organisation et quels sont leurs plus gros défis aujourd’hui?

Keane : Notre Alliance est composée de sept membres qui travaillent au développement de leurs projets. La taille des projets varie grandement, allant de grands projets, comme LNG Canada de Shell, Pacific Northwest LNG de Petronas, WCC LNG d’ExxonMobil et Kitimat LNG de Chevorn; à de plus petits, comme les projets Triton LNG d’AltaGas Ltd et de Woodfibre LNG.

Lorsque ces projets ont démarré, le pétrole se vendait autour de 100 $ le baril, et maintenant, il se vend à 30 $ le baril. Cette situation fait en sorte que les sociétés mettent l’accent sur la discipline; par conséquent, ces projets devront rivaliser sur le plan des prix pour aller de l’avant.

Projet de GNL Woodfibre, planification préliminaire. Photo de la part de FortisBC.

Francis : Quels ports ces projets souhaitent-ils utiliser?

Keane : Les ports de Prince Rupert, plus au sud à Kitimat, et encore plus au sud à Squamish.

Francis : À quel stade du processus d’approbation sont-ils rendus?

Keane : L’ONE a délivré les permis d’exportation à tous ces projets; certains sont toujours en attente des approbations environnementales de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, et certains ont l’ont déjà reçue, comme LNG Canada.

Francis : Est-ce que l’ensemble des sept projets ont réussi à avoir l’appui de leurs partenaires des Premières Nations?

Keane : La plupart des projets ont obtenu la signature des Premières Nations, mais il est surtout important de noter l’excellent travail que nos membres font avec leurs partenaires des Premières Nations. Ils reconnaissent que les projets offriront des avantages économiques durables et à long terme pour les Premières Nations, ainsi que pour les collectivités locales, sans oublier de mentionner les avantages économiques que cela procure à l’ensemble du Canada.

Francis : Lequel sera le premier à être exploité en fonction de celui qui est le plus avancé?

Keane : Tous nos membres travaillent fort pour que leurs pipelines soient prêts et à l’obtention de tous les droits. La construction de ces projets prendra environ cinq ans une fois qu’ils auront été sanctionnés par leur société respective. Nous allons probablement voir une ou deux décisions d’investissement finales cette année, ce qui permettrait à ces projets d’entrer en activité en 2021-2022. Toutefois, les projets doivent être concurrentiels à l’échelle mondiale avant d’être sanctionnés.

Francis : Quelle est l’ampleur de ces projets?

Keane : Une grande usine consommera environ 2,5 à 3 milliards de pieds cubes en approvisionnement de gaz par jour. Il y en a cinq importants et deux petits. Ainsi, nous pouvons penser à un approvisionnement quotidien en gaz de 13 à 16 milliards de pieds cubes.

Francis : Quels sont les principaux obstacles?

Keane : Le déclin des prix du pétrole et du gaz naturel est un des principaux obstacles. Il s’agit d’un problème de dépense en capital et de commercialisation. Lorsque l’on revient en arrière au moment où ces projets ont démarré, le pétrole se vendait à plus de 100 $ et le GNL au Japon se vendait à environ 18 $/mmbtu et aujourd’hui, il est descendu à 7 $/mmbtu. Par conséquent, nous devons être concurrentiels à l’échelle mondiale afin que ces projets atteignent la ligne d’arrivée. Tous les promoteurs de projet travaillent très fort pour gérer tout cela. Ils travaillent certainement avec des entrepreneurs et des fournisseurs à trouver des façons de réduire leurs coûts.

Francis : Est-ce que le déclin du dollar canadien a aidé?

Keane : Oui, jusqu’à un certain degré, mais pas autant que vous pouvez le penser. Bien que le dollar canadien ait baissé par rapport au dollar américain, il est important de noter que certaines pièces d’équipement utilisées dans ces projets seront préparées en modules et construites à l’extérieur du Canada et payées en dollars américains. Par conséquent, on réalise certaines économies en coûts de main-d’œuvre, mais certaines pièces d’équipement seront construites à l’étranger et payées en dollars américains.

Francis : Est-ce que tous ces projets ont des acheteurs à long terme et des contrats?

Keane : Je ne peux pas parler à propos de projets individuels, mais je peux dire que tout le monde travaille fort pour arriver au point où ils ont conclu des contrats à long terme avec des acheteurs éventuels. Il est important de noter que différents modèles économiques sont proposés par les promoteurs. D’un côté, vous avez des entités détenues par un État et d’autres qui sont des pétrolières internationales. Leurs facteurs économiques seront légèrement différents, leurs taux de retour peuvent être différents, ils peuvent avoir différentes attentes et les sociétés d’État ont un marché intérieur intégré pour le GNL. Les sociétés internationales vivent des situations différentes, et elles doivent trouver des marchés. Toutefois, elles doivent toutes être concurrentielles.

Francis : Qui sont leurs concurrents?

Keane : L’Australie, la côte du golfe des États-Unis, le Moyen-Orient, l’Afrique, la Russie. Mais, il ne faut pas oublier que les acheteurs souhaiteront diversifier leur mélange d’approvisionnements. La Colombie-Britannique détient certains avantages importants. Un de ces avantages est notre proximité avec les marchés asiatiques; en effet, nous sommes bien plus près de la Chine, du Japon et de la Corée, que ne le sont la côte du golfe des États-Unis ou l’Afrique de l’Est. De plus, nous avons une augmentation d’environ 25 % de notre capacité de production dans nos installations de GNL pour le même montant d’investissements qui pourraient être faits dans des climats plus chauds, comme le golfe des États-Unis, en raison de notre climat plus froid. Beaucoup moins d’énergie est nécessaire pour refroidir et liquéfier le gaz dans un climat froid que dans un climat chaud.

Le drapeau de la Colombie-Britannique.

Francis : Qu’est-ce que les gouvernements peuvent faire pour appuyer cela à l’avenir?

Keane : Notre gouvernement provincial nous appuie énormément, du premier ministre aux ministres et fonctionnaires. Du point de vue des Premières Nations, les sociétés font progresser les discussions et tous les promoteurs travaillent très fort. Nous voyons une quantité incroyable de travail dans cette direction. Contrairement à ce que vous pouvez lire dans la presse, nous avons une grande quantité d’appuis des Premières Nations.

Francis : Qu’en est-il du développement du GNL sur la côte Est?

« Tous nos membres travaillent fort pour que leurs pipelines soient prêts et à l’obtention de tous les droits ».

Keane : La côte Est n’est pas dans mon secteur, mais je sais que certains projets sont à l’étude. Ici, il est important de noter que nous devons développer de nouveaux marchés pour le gaz naturel canadien ou ce gaz restera dans le sol. Nous perdons nos marchés d’exportation traditionnels, et les États-Unis deviennent indépendants au point de vue énergétique et on s’attend à ce que ce pays devienne un exportateur net d’ici 2017. Le gaz naturel canadien de l’Ouest perd également des parts de marché dans l’est du Canada, où une plus grande quantité de gaz naturel provient du nord-est des États-Unis, comme le gaz de schiste de Marcellus en Pennsylvanie.

Francis : À son sommet, le Canada utilisait environ 18 % des besoins en gaz des États-Unis. Est-ce que la fenêtre s’est fermée depuis?

Keane : Ce pourcentage a baissé à 6 ou 7 %. Il y aura toujours des besoins d’approvisionnement en gaz naturel de base du Canada vers les États-Unis, mais nous devons vraiment trouver de nouveaux marchés pour notre approvisionnement.

Francis : Que pensez-vous de la politique climatique et de tout cela?

Keane: Quand nous portons notre attention sur les changements climatiques et que nous commençons à réfléchir à une taxe sur le carbone, nous devrions nous assurer que nous ne faisons pas quelque chose qui serait dommageable pour les industries à forte concentration d’émissions et vulnérables au commerce. La Colombie-Britannique représente 0,002 % des émissions de gaz à effet de serre; en produisant du gaz ici et en l’exportant pour aider d’autres compétences, comme la Chine (qui utilise actuellement le charbon pour la génération d’électricité), nous pouvons avoir un effet positif important sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, le remplacement du charbon par le gaz naturel pour la génération d’électricité en Chine pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 à 60 %.

Francis : Est-ce que le gouvernement fédéral a signé des ententes qui pourraient être dommageables pour cette industrie?

« La Colombie-Britannique détient certains avantages importants ».

Keane : L’industrie du GNL n’a pas de problème avec un prix sur le carbone en Colombie-Britannique ni de problème avec une augmentation potentielle de ce prix. Toutefois, comme je viens de le mentionner, nous devons protéger les industries à forte concentration d’émissions et vulnérables au commerce. Par conséquent, nous devons attendre que d’autres compétences rejoignent la Colombie-Britannique où elle est rendue. Autrement, vous verrez des industries en concurrence, qui n’ont pas à respecter les réglementations strictes que nous avons au Canada et en Colombie-Britannique, sauter sur l’occasion du GNL. Cela pourrait faire en sorte d’augmenter les émissions, ce qui n’est pas bénéfique ou n’aide pas la lutte aux changements climatiques.

Francis : Sur une échelle d’optimisme de 1 à 10, où 10 est le niveau le plus optimiste, quel est votre niveau d’optimisme quant à la création d’une industrie de GNL viable en C.-B.?

Keane : Sept. Je suis très optimiste.

Diane Francis, envoyée spéciale, National Post, et auteure de « Merger of the Century: Why Canada and America Should Become One Country ».