Comprendre l’incidence du méthane

Le gaz naturel est un carburant propre, fiable et qui émet peu de gaz à effet de serre. Toutefois, l’attention croissante du public à l’égard du méthane a suscité un intérêt particulier pour les émissions fugitives provenant des réseaux de gaz naturel. Bien que sa haute teneur en hydrogène favorise un faible niveau d’émission de CO2 et de polluants atmosphériques, la légèreté du méthane sous forme gazeux (CH4) fait en sorte qu’il peut plus facilement fuir de composantes d’exploitation. Les pratiques d’exploitation exemplaires modernes permettent de minimiser les évacuations de méthane aux stations de compression et pendant la construction de gazoducs à haute pression.

Depuis de nombreuses années, le Canadian Energy Partnership for Environmental Innovation (CEPEI) a dirigé les efforts de l’Association canadienne du gaz en vue de comprendre et de mesurer le profil des émissions produites par les réseaux de gazoducs. La première étude importante de ce groupe au début des années 1990 portait sur la quantification des taux d’émission fugitive de méthane et la formulation de solutions préventives. En l’an 2000, cette étude était déjà devenue un précieux programme de sensibilisation et de recherche dirigé par l’industrie du gaz. Cette étude a fourni aux entreprises de transmission et de distribution de l’ACG un répertoire annuel complet, opportun et scientifique de leurs profils d’émission, tout en mettant à leur disposition des mesures rigoureuses d’une vaste gamme de données statistiques sur la pollution atmosphérique qu’ils doivent déclarer aux niveaux provincial et national.

Les études menées par le CEPEI, qui comprennent des tests sur le terrain au sein d’installations partout au Canada, révèlent que les pertes de méthane fugitif d’un emplacement peuvent être réduites de 90 % en ne ciblant que deux ou trois composantes importantes dans le cadre d’un programme d’entretien régulier. L’étude du CEPEI a permis d’élaborer plusieurs méthodes de détection de fuites, allant du simple test avec du savon et des bulles jusqu’aux méthodes modernes d’échantillonnage à débit élevé et de télédétection au laser optique, qui permettent de réduire considérablement les pertes en méthane. L’étude du CEPEI révèle également que l’adoption de mesures de réduction des émissions entraîne non seulement une atténuation des émissions, mais aussi d’autres bienfaits importants, comme :

  • une sensibilisation accrue aux pratiques exemplaires en matière de santé et sécurité;
  • des économies accrues découlant d’une consommation réduite en gaz;
  • une meilleure compréhension des opérations et de l’efficience du système (bon outil de formation);
  • une réduction des émissions organiques volatiles autres que le méthane pour certaines applications.

Réductions des émissions de GES du secteur des pipelines (2003- 2013)

Grâce à l’étude et à la collaboration du CEPEI, l’industrie pipelinière canadienne du gaz naturel a pu profiter de douzaines de solutions rentables visant à réduire les pertes fugitives et d’évacuation de méthane. L’étude du CEPEI révèle que ces émissions ont diminué d’au moins 50 % au cours de la dernière décennie, notamment en raison de nouvelles techniques et technologies grandement bénéfiques. Parmi celles-ci, il y a le recourt aux compresseurs de transfert de gaz, l’adoption de nouvelles procédures de soudage à l’eau chaude durant la construction, l’utilisation de systèmes pneumatiques améliorés à faible suintement et à valves améliorées, le remplacement accéléré des tuyaux des réseaux d’alimentation et l’installation de joints d’étanchéification au gaz sec sur les compresseurs centrifuges.

Pôle d’alerte pour le gaz naturel.

Pôle d’alerte pour le gaz naturel.

Les innovations fructueuses et la meilleure compréhension de certains sujets peuvent donner lieu à des améliorations qui peuvent être apportées au-delà du réseau de distribution. Les efforts de recherche soutenus aideront à transposer ces améliorations dans les secteurs en amont de la production du gaz naturel. Si les pertes de méthane en amont diminuent, le profil des émissions durant tout le cycle du combustible au gaz naturel diminuera également. Par ailleurs, comme le gaz naturel est de plus en plus associé à des initiatives de conservation et à d’autres carburants renouvelables, il continuera de fournir de plus en plus de solutions énergétiques abordables, fiables, propres et sécuritaires à un nombre toujours croissant de consommateurs et de régions.

Manfred Klein est un conseiller en énergie qui a récemment pris sa retraite après 33 années au service de l’Office national de l’énergie, d’Environnement Canada et du Conseil national de recherches du Canada. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’Université Carleton, il a travaillé avec l’industrie du gaz naturel dans le domaine de la formation et des politiques fédérales sur les questions environnementales, les systèmes de cogénération ainsi que sur les technologies de pipelines et de turbines à gaz industrielles.